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L’opération Barkhane a rencontré, au Mali, Abdoulaye dit Allaye, un jeune «djihadiste» repenti qui avait rejoint les groupes armés, dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent. Les militaires français, qui ont rencontré le jeune «combattant» repenti, en novembre dernier, par l’intermédiaire des habitants d’un village, ont recueilli son histoire qu’il raconte, volontiers mais non sans remords, afin d’éviter à d’autres de tomber dans le même piège

Comment as-tu intégré le groupe terroriste ?
Abdoulaye dit Allaye :
Je m’appelle Abdoulaye et mon surnom est Allaye. Je suis un ancien «djihadiste». Je me suis retiré du «djihadisme» car je n’y rien trouvé. J’ai fait beaucoup de mal. J’ai tué beaucoup de personnes. J’ai vu beaucoup de choses dans le «djihadisme» qui hantent encore mes nuits.

Un jour, cinq hommes armés sur des motos sont venus me trouver, avec mon troupeau, en pleine brousse dans le Gourma. Ils m’ont d’abord salué et m’ont, ensuite, demandé si je veux rejoindre leur groupe pour faire le djihad. Ils m’ont promis une moto, des armes et beaucoup d’argent si j’acceptais d’intégrer leur groupe terroriste. Moi, j’ai pensé que s’il y avait de l’argent dans l’islam, «le djihad», je pouvais abandonner mon troupeau pour les suivre. C’est ainsi que je les ai suivis.

J’ai accepté leur proposition, parce que je suis issu d’une famille très pauvre, sans aucun soutien. Mon père est décédé à ma tendre enfance. Ma mère est devenue vieille, ne travaille plus et a besoin d’argent. J’ai quatre grandes sœurs. Toute la famille est à ma charge. La seule option qui s’offrait à moi, c’était d’aller avec eux.

Nous avons passé toute la journée à rouler à moto. À la tombée de la nuit, je me souviens que nous nous sommes arrêtés quelque part pour préparer le repas. C’est moi qui ai préparé. Dès lors, je suis devenu le cuisinier.

Un jour, nous nous sommes rendus dans un village, pour collecter l’aumône (Zakat). Nous avons trouvé un vieillard avec son troupeau de bœufs. Ils lui ont demandé de donner quatre vaches comme «Zakat». Le vieil homme a répondu qu’il ne peut pas parce que ses vaches sont sa raison d’être et sa seule source de revenu. Ils ont dit au vieux berger peulh que s’il répète ces propos, ils vont le tuer. Le vieux a répété ses mots. Les terroristes l’ont tué sous mes yeux.


Après le meurtre du vieux berger, ont-ils commis d’autres assassinats ?
A. A :
Oui. Un autre jour, dans le même village, les leaders ont envoyé chez un vieux boutiquier certains éléments pour collecter l’argent de la Zakat. Le commerçant a dit qu’il n’a pas d’argent ce jour-là. Ils sont repartis rendre compte à notre chef qui a envoyé d’autres éléments pour tuer le pauvre boutiquier. Chaque fois, c’est le même scenario
Dès lors, j’ai regretté d’être avec ces «djihadistes». Je n’en dors même plus de remords. Parce que ce n’est pas une mission pour le compte de l’Islam. En tout cas, pas selon ce que je sais de l’Islam.

Au début j’y ai cru. J’ai continué avec eux malgré le fait de regretter mon engagement. Je n’arrivais plus à dormir pour avoir vu ces gens-là tuer, de sang-froid, pour un oui ou pour un non et au nom de l’Islam. Depuis lors, j’ai perdu mon sommeil et ces images m’ont toujours hanté. Mais j’ai continué avec eux.

J’ai tué beaucoup de personnes. En un mot, j’ai fait beaucoup de mal. Aujourd’hui, je regrette très fort parce que je n’ai eu que des regrets dans cette aventure meurtrière de «djihad». Je croyais que les groupes terroristes étaient des musulmans qui combattaient pour la restauration de l’Islam. Avec le temps que j’ai passé avec eux, j’ai vu qu’ils ne sont pas des pratiquants de l’Islam mais plutôt des mécréants. Les groupes «djihadistes» font plutôt du mal aux musulmans et nuisent à la religion musulmane.

Pourquoi tu les as suivis ?
A. A :
Comme je vous l’ai dit, depuis le début de notre entretien, je n’ai plus mon père depuis mon enfance. J’ai sur les bras quatre grandes sœurs, ma vieille mère nécessiteuse…

Et comment tu en es sorti ?
Je voyais ces gens-là tuer des innocents, à tour de bras, dans des petits villages très pauvres, Des bergers qui vivaient avec leurs troupeaux que les soi-disant «djihadistes» leur retiraient, j’ai vu tout cela. Cela ne me plaisait pas. Ces souvenirs cauchemardesques de personnes tuées, devant moi, troublent jusqu’à aujourd’hui mon sommeil. Je n’arrive plus à fermer l’œil. C’est pour cela que j’ai fui.


Un jour, au moment de la prière du crépuscule, pendant que tout le groupe était en train de prier. J’ai profité de cet instant pour m’échapper. Je suis arrivé dans une bourgade où j’ai demandé aux habitants le chemin de mon village. C’est ainsi que j’ai pu retrouver ma famille.

Que savais-tu des « djihadistes » avant ta rencontre avec ces hommes ?
A. A :
Avant de rencontrer ces personnes, je n’avais aucune connaissance de ce djihadisme-là. J’entendais autour moi des gens en parler. Je vis en campagne. Je voyais, seulement, leurs motos passer. Aujourd’hui, après ces expériences terribles, j’ai vu et compris ce qu’est un «djihadiste».

Que penses-tu de leurs actes et agissements, après les avoir quittés ? Est-ce vraiment au nom de l’Islam ou pas ?
A. A :
Les «djihadistes» ne sont pas de bonnes personnes. Ce sont eux qui salissent le nom de l’Islam, en faisant du mal aux innocents, aux pauvres bergers auxquels ils retirent leurs bêtes ou les tuent. Leur travail, ce n’est pas au service de Dieu comme ils le prétendent. Et Dieu n’a pas dit cela. Je peux même dire qu’un «djihadiste», par les actes qu’il pose, est un kafir (mécréant).


À suivre…
Amap-Gao

autho

L'ESSOR

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