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Toutes les parties prenantes étaient présentes à Kidal

L’opérationnalisation des premières unités de l’armée reconstituée, le retour des services sociaux de base, le DDR, les projets de développement ont été, entre autres, points évoqués au cours de cette rencontre inédite

Les signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et la communauté internationale ont réussi hier, le challenge de tenir la 5è réunion de haut niveau du Comité de suivi (CSA) à Kidal. Une première depuis la signature de l’accord en 2015 entre les protagonistes. La première tentative avait avorté en septembre 2019.
Aussi bien pour le gouvernement que pour les groupes armés et la communauté internationale, le voyage à Kidal en grand nombre en valait donc la peine pour marquer ce passage à une nouvelle ère dans le processus de paix. Six membres du gouvernement ont en effet effectué le voyage : colonel-major Ismaël Wagué (Réconciliation nationale), Mamadou Mohamed Coulibaly (Refondation de l’État), Mohamed Salia Touré (Emploi et Formation professionnelle), colonel Modibo Koné (Sécurité et Protection civile), Bintou Founè Samaké (Promotion de la femme et de l’Enfant) et Mahmoud Ould Mohamed (Agriculture, Élevage et Pêche).

On notait aussi la présence du ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, du chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, des représentants de pays voisins et européens. Plusieurs autres personnalités, notamment le ministre français des Affaires étrangères et des responsables de l’Union africaine et de la Cedeao ont participé par visioconférence.
Cette réunion, présidée par le chef de la diplomatie algérienne au gouvernorat de Kidal, vient donc acter la restauration de la confiance et au moment où l’Armée veut reprendre pied dans cette région. Encore non opérationnelles, les premières unités de l’armée reconstituée sont déjà sur place. Leur déploiement et le retour des services sociaux de base ont été justement l’un des sujets phares de la réunion. Les participants ont aussi évoqué le lancement d’une nouvelle phase du DDR, le déploiement de la police territoriale, le lancement du premier projet de développement éligible au financement sur le fonds de développement durable et le renforcement de la participation des femmes au processus de paix.

3.000 COMBATTANTS- À l’ouverture des travaux, le colonel-major Ismaël Wagué a énuméré un certain nombre d’acquis engrangés depuis le dernier CSA du 16 novembre dernier. Il convient de noter, concernant les questions politiques et institutionnelles, que l’élaboration de l’avant-projet de la nouvelle Constitution en conformité avec l’Accord est prévue pour le mois de juin prochain. Aussi, les projets de textes relatifs à la police territoriale seront bientôt légiférés par le Conseil national de Transition, après leur adoption par le conseil des ministres du 25 mars 2020. Mais s’il y a un volet qui focalise les attentions, c’est bien celui dédié aux questions de défense et de sécurité. Sur ce registre, le ministre de la Réconciliation nationale a mis l’accent sur le processus de DDR accéléré qui doit, in fine, permettre à 3.000 combattants d’être intégrés dans les forces de défense et de sécurité. À ce jour, plus de la moitié ont déjà été intégrés. Les 1.229 restants devraient suivre en fin février 2021.

Sur les questions de développement, le ministre Wagué a souligné les efforts encourageants consentis concernant l’opérationnalisation du conseil constitutif inter-regionnal de la zone de développement des régions du Nord. Le décret de nomination de ses membres a été signé depuis décembre 2020. L’opérationnalisation du fonds de développement durable a également marqué de nouveaux points, à la faveur de la réunion en décembre du Comité de gestion qui a retenu 16 projets pour un montant global de 38,400 milliards de Fcfa. Ces projets seront soumis au comité de pilotage qui devrait se réunir, sous la présidence du Premier ministre, avant la fin de ce mois. Déjà, ce Fonds de développement a dans la cagnotte 48,3 milliards de Fcfa. Cependant, il convient de souligner que la France est le seul parmi les partenaires techniques et financiers à avoir fait un don de 2 millions d’euros.

Toujours sur ce volet, il est à noter que le processus de transfert de 30% des recettes budgétaires de l’État aux collectivités a connu une nette progression. Aujourd’hui, on est à 23%, s’est réjoui le ministre Ismaël Wagué, avant d’évoquer le volet réconciliation qui se met en place à travers notamment la Commission vérité, justice et réconciliation. Également, des projets de textes ont été finalisés concernant le statut des cadis et des autorités traditionnelles dans la distribution de la justice.

Ce jour doit être marqué par un sceau particulier, selon le représentant spécial du secrétaire général. Pour lui, la volonté politique, qui a longtemps manqué, est sentie depuis un certain temps. Mieux, une relation décomplexée est en train de se créer, d’une part entre le gouvernement et les groupes armés, et d’autre part, entre le gouvernement et les partenaires. «C’est ça qui fait qu’on a une nouvelle dynamique», a souligné le patron de la Minusma, ajoutant que cette dynamique doit se matérialiser par ce qu’on appelle les dividendes de la paix pour les populations.

LE DRAPEAU FLOTTE À KIDAL- Saluant, lui aussi, la nouvelle dynamique, le ministre algérien des Affaires étrangères estimera que cette rencontre est un signe d’avancée majeure sur le chemin de la paix et de la réconciliation entre les «frères maliens». Cette rencontre est, à ses yeux, d’autant plus importante qu’elle intervient alors qu’une Transition est ouverte. Le chef de la diplomatie algérienne a concédé que la mise en œuvre de l’Accord accuse des retards. Cependant, il est convaincu que le travail de base accompli permet au Mali de continuer à progresser de manière sereine vers la stabilité tant recherchée.

En appui au processus de paix, l’Algérie envisage de consentir un don humanitaire avec des produits pharmaceutiques, ainsi que la réhabilitation d’une école à Kidal. Elle envisage aussi le renforcement de programmes de bourse, notamment dans la formation professionnelle. Pour sa part, la Minusma s’est engagée à faire un barrage sur l’oued de Kidal pour faciliter l’accès à l’eau.
Tous les participants ont salué la bonne ambiance qui a caractérisé cette réunion qui a décidé, selon le ministre Ismaël Wagué, que les parties continuent à renforcer les mesures de confiance par des actes concrets, d’avancer sur les questions sécuritaires et autres points de la feuille de route.

Pour Ould Sidati, président de la CMA, cette rencontre doit représenter un nouveau départ. Confiant en l’avenir, il ajoutera que «si le drapeau flotte à Kidal, c’est parce que les autorités de transition ont été compréhensives». Et à Habala Hamzata, porte-parole de la plate-forme, d’indiquer que «cette réunion délocalisée est un signe de paix, d’unité et de réconciliation entre tous les Maliens».

Envoyé spécial
Issa DEMBÉLÉ

autho

Issa Dembelé

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