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Dans les lignes qui suivent, Mme Diarra Raky Talla, 3è vice-présidente de l’UM-RDA et Oumar Ibrahima Touré, président de l’Alliance pour la République (APR) reviennent sur l’année qui vient de s’achever. Les deux responsables politiques donnent également leurs recettes pour la réussite de la Transition

Mme Diarra Raky Talla : «Les politiques doivent contribuer à la réussite de la transition»


L’année 2020 a été assez particulière pour le Mali. Nous devions certainement passer par là pour tirer les leçons des situations antérieures. En 2020, il y a du positif, mais aussi des pages assez négatives. Ce que je retiens de positif, c’est qu’il y a eu une accalmie sur le front militaire. Il y a eu aussi une accalmie relative au sein des communautés par rapport aux conflits communautaires. On note également des avancées dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Vous avez vu les patrouilles conjointes, nos hommes sur le terrain avec nos frères des mouvements armés. Sans oublier une forte mobilisation de la communauté internationale autour du G5-Sahel. Mais aussi l’avènement de la force Takuba toujours dans le sens de la stabilité et pour ramener la sécurité sur l’ensemble du territoire malien.
On a assisté en 2020 à un début de redéploiement de l’administration dans certaines localités du pays. Certains responsables avaient commencé à rejoindre l’administration, même si c’était timide. Mais il faut comprendre aussi que le redéploiement est progressif et se fera au fur et à mesure que l’accalmie s’installe dans les zones. Je ferais l’impasse sur le bilan social. à côté des remous sociaux, il y a eu beaucoup d’acquis pour les travailleurs en 2020 et même les années précédentes.

À l’inverse, on a relevé des crises post-électorales, par endroits des conflits sécuritaires persistants et même intercommunautaires. Nous avons vu le cas de la localité de Niono avec le conflit de Farabougou, tout ce qui se passe dans la zone de N’Débougou, Molodo, Niono, Diabaly et dans d’autres secteurs au centre du Mali qui est considéré comme le ventre mou de notre pays. Il y a eu aussi malheureusement la crise scolaire qui va certainement laisser des impacts sur le parcours des élèves, de nos enfants, mais aussi cette rupture quasi démocratique avec la démission du président de la République qui a mis notre pays dans une situation exceptionnelle. Nous avons vécu des coups d’état, des lendemains de coups d’état que nous avions gérés par des transitions. Mais cette fois-ci la spécificité, c’est que l’Assemblée nationale avait été dissoute et il nous fallait aller vers une solution propre à nous-mêmes avec l’assentiment des forces vives de la Nation.

Je pense que tout n’est pas négatif. Il s’agit pour nous de réfléchir, d’analyser pour que nous puissions tirer des leçons afin d’éviter des situations répétitives, celles que nous avions vécues auparavant, pour la stabilité du Mali. Globalement, sur le plan politique, je ne peux pas attester que les politiques ont atteint leur objectif. Le constat a été avec cette crise post-électorale que notre démocratie n’est pas aussi solide, pas aussi ancrée que nous le croyions. Les politiques aujourd’hui doivent œuvrer à leur tâche, c’est-à-dire à regagner la confiance des Maliens. Il faut que nous travaillions à consolider la démocratie tout en préservant les acquis démocratiques. Ce sera le challenge de la Transition. Il y aura beaucoup de réformes dont la révision constitutionnelle qui a été tentée à plusieurs reprises par tous les présidents de l’ère démocratique du Mali mais qui n’a jamais vu son amorce. Aujourd’hui, il est clair que notre Constitution doit être revue en des dispositions qui ne s’adaptent plus à notre environnement institutionnel, social et politique. Tout le monde est d’accord sur cela. Il s’agit très rapidement, puisque c’est la Loi fondamentale, le soubassement de la République, pour les autorités de la Transition d’aller vers cette réforme majeure. Il y a d’autres réformes qui vont consolider la démocratie au Mali.

Après les années 92, nous avons opté pour la décentralisation et le Mali a fait son chemin comme tous les autres pays qui ont choisi ce mode de gestion de l’état afin que les populations puissent aisément accéder aux services sociaux de base et que nous puissions aussi développer le pays, rétablir la justice sociale et traiter tous les Maliens de la même façon. Là aussi, il faut que nous nous arrêtions et que nous tirions les leçons de l’exercice de la pratique de la décentralisation.
Mais, la réforme majeure à faire pour le moment concerne le redécoupage territorial qui a été entamé et qu’il va falloir opérationnaliser au fur à mesure. Le redécoupage territorial n’est pas fait pour des ambitions politiques, il a été initié par le gouvernement pour que les populations aient accès aux services sociaux de base le plus possible mais aussi à l’administration. L’acquisition des services sociaux de base, tels que les lycées, les hôpitaux, les infrastructures de sport, les écoles… est assujettie à des règles bien précises. Donc, en transformant des cercles en régions, des communes en cercles, peut-être des villages ou des fractions en communes, cela permettra à ces entités d’acquérir des infrastructures et des moyens beaucoup plus consistants pour le développement des populations et pour leur bien-être. Mais le redécoupage territorial n’est pas fait pour multiplier le nombre d’élus qui est l’une de ses conséquences bien sûr, mais cela n’est pas l’objectif que le gouvernement s’est assigné. Malheureusement, on a constaté qu’à la première tentative, les politiques s’en sont emparés en allant vers ce chemin et c’était vraiment dommage. Cette réforme-là aussi, il faut l’amorcer le plus rapidement possible afin que nous ayions des élections inclusives, libres et transparentes.

L’autre réforme, c’est la loi électorale. Il y a eu beaucoup d’échanges autour de cette question entre le gouvernement, les acteurs politiques et la société civile. Nos frères des mouvements armés aussi y ont participé. C’est un projet qui était dans un état assez avancé, donc je ne pense pas qu’il y ait beaucoup plus de difficultés à convenir d’une loi électorale dans le consensus. Il va falloir, peut-être, examiner aussi la Charte des partis politiques. C’est vrai qu’on est en démocratie, mais la multiplicité des partis politiques pose problème aujourd’hui en République du Mali. Là, il faut encadrer pour pouvoir réduire le nombre de partis politiques. Regardez un peu aux états-Unis, il n’y a pas autant de partis politiques dans ce pays, ce sont les tendances idéologiques qui prévalent.

Donc ici, nous devrions pouvoir nous regrouper par tendances idéologiques ou sur la base d’autres critères. Aujourd’hui, le financement des partis politiques est dénoncé par la société civile et pratiquement par l’ensemble des Maliens. Je pense qu’il faut corriger cet aspect et revoir aussi l’attribution des autorisations pour la création de partis politiques. Il faut que cela soit bien encadré, qu’il y ait des règles un peu plus draconiennes et de contrôle parce que c’est une mission citoyenne. Le financement des partis politiques est octroyé pour la formation des acteurs politiques et des citoyens, mais aussi pour l’éducation à la citoyenneté des militants des acteurs politiques, mais c’est un travail qui ne se fait pas. Donc, il faut évaluer tout cela et revenir sur toutes ces notions pour mettre un peu d’ordre dans le domaine politique.
En dehors de cela, il y a bien sûr d’autres choses à revoir, des questions essentielles sont soulevées au niveau de la loi électorale, d’autres questions sont-là : est-ce que nous allons partir vers un organe unique de gestion des élections ou est-ce que nous allons garder l’ancienne formule ? Tout cela, il faut qu’on revoit pour éviter encore une crise post-électorale qui va certainement nous amener dans le même schéma.

Il y a beaucoup à faire pendant cette transition, mais il y a aussi les tâches courantes; à savoir assurer les services sociaux de base aux populations, faire face aux problèmes des travailleurs. Il y a aussi la question de l’école qu’il faut régler en marge de tout cela. Malheureusement, le coronavirus affecte les capacités de l’état à mobiliser les recettes, mais aussi pénalise le secteur privé, donc la création d’emplois est réduite. Il y a beaucoup de problèmes qu’il va falloir examiner et auxquels nous devons apporter des solutions cette année.
Pour que nous réussissions, il va falloir que les Maliens agissent dans la cohésion, dans l’union sacrée pour que cette transition atteigne ses objectifs. Dans ce cadre spécifique, tous les Maliens doivent soutenir la Transition. Je n’ai jamais vu dans un pays qui traverse notre situation ce genre de contestations politiques alors que le rôle des politiques pendant la Transition, c’est de contribuer à améliorer la gestion du pays. Ce, comme je vous l’ai dit, pour éviter des crises postérieures, mais surtout de regagner le terrain politique afin de préparer les élections.
Donc, il faut que les politiques retournent à leur mission essentielle qui est de regagner la confiance, de distiller leur idéologie, s’il y en a pour certains, mais aussi de convaincre et de contribuer à l’éducation, à la citoyenneté des Maliens surtout des plus jeunes. Je lance un appel, un cri de cœur à l’ensemble des forces vives du Mali pour qu’elles soutiennent la Transition et qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes pour la réussite.

Oumar Ibrahima Touré : «Nous devons privilégier l’intérêt national»

Vous me permettrez d’adresser, en ce début d’année 2021, mes vœux les meilleurs de santé, de bonheur et d’épanouissement à vos lecteurs, à tous nos compatriotes de l’intérieur et de l’extérieur et particulièrement aux militants et sympathisants de l’APR. Qu’en 2021, notre pays gagne plus en stabilité, en sécurité et surtout en cohésion !
Quant à votre première question, elle serait très difficile si elle devait rester générale tant la vie d’une Nation concerne des dizaines pour ne pas dire des centaines de domaines dont il serait ardu d’établir un bilan pour l’année écoulée. Vous avez donc bien fait de mettre le doigt sur la dimension politique. Sur un plan général néanmoins, disons que 2020 fut une année très difficile pour le monde et surtout pour notre pays à cause de la pandémie de la Covid-19 et d’autres défis. Bien que peu touché par cette pandémie, le Mali subit ses conséquences sur de nombreux plans : sanitaire, social, économique et surtout les entraves à la mobilité. La Covid-19 est venue se greffer à ce qui constitue chez nous un défi structurel depuis 2012, la question sécuritaire. Sur le plan politique, le pays a connu, comme vous le savez, de fortes manifestations étalées sur des mois, suivies de l’intervention de l’Armée et du changement de pouvoir. En plus donc du défi sécuritaire, l’on peut dire que le changement de pouvoir et la Transition constituent les évènements phares de l’année écoulée. Ce fut une sorte d’ondes de choc qui n’a d’ailleurs pas laissé indifférents nos voisins et partenaires de la Cedeao. Nous sommes dans la gestion de la suite de ces évènements et défis sus évoqués.

À la suite de 2020, 2021 est sans doute aussi une année de défis. Ils restent nombreux et urgents bien que certains exigent du temps. Vous parlez justement des perspectives de la Transition, ce qui nous renvoie à l’horizon futur. Avant d’en parler, il faut préciser les débuts difficiles de la Transition. Je parlais tantôt de l’implication de la Cedeao. Les difficultés liées à la mise en place des institutions de la Transition ne sont pas étonnantes. Les transitions sont connues pour être des moments difficiles. Avec la mise en place du Conseil national de transition (CNT), il nous revient de redoubler d’efforts pour la réussite. Pour y arriver, nous devons tous prioriser l’intérêt national. La réussite de la Transition est notre RÉUSSITE, celle du Mali. Nous devons prioriser le dialogue. Il n’est jamais de trop surtout dans un pays comme le nôtre qui en fait un patrimoine culturel et historique. La réussite de la transition passera donc par cette mobilisation générale afin de faire face aux défis sécuritaires, sociaux et politiques et surtout les réformes nécessaires. Je ne doute point de notre capacité de résilience. En conclusion, l’unité et la volonté ferme sont et demeureront nos atouts et nos moyens indispensables à cet objectif majeur et stratégique qu’est la réussite de la Transition. Ce n’est pas seulement un objectif politique. C’est aussi et surtout un objectif national.



Propos recueillis par
Bembablin DOUMBIA et
Massa SIDIBÉ

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