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Le géant mondial des applications de messagerie a dû faire un rétropédalage dans sa volonté d’adopter une nouvelle politique de confidentialité. Les deux milliards d’utilisateurs de Whatsapp ont vu la date de mise en œuvre des nouvelles conditions repoussée de trois mois par le groupe.


Qu’est ce qui explique cette volonté de l’entreprise américaine à vouloir partager certaines données de ses utilisateurs avec sa maison mère Facebook ? Les nombreux utilisateurs de cette application, se trouvant même dans les endroits les plus reculés au Mali, doivent-ils avoir des craintes face à cette situation ?


Nous avons posé la question à Mahamadou Aly Haïdara, chef de la division des affaires juridiques de l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP). Cette structure a été créée par les autorités du Mali pour assurer à toutes personnes physique ou morale sur le territoire national, la protection de ses données personnelles. Mahamadou Aly Haïdara révèle que la problématique des nouvelles conditions que veut apporter le groupe Facebook à travers sa filiale Whatsapp a attiré l’attention de beaucoup d’autorités de régulation à travers le monde, qui ont donné leur avis par rapport à cette situation.


Principe de consentement

Le principal problème que suscite la nouvelle politique de Whatsapp, selon Mahamadou Aly Haïdara, est relatif au non-respect du consentement des utilisateurs. «Il s’agit d’une collecte de données imposée, puisque le consentement n’est pas respecté. Facebook ne propose qu’une seule option aux utilisateurs du logiciel Whatsapp. Dans ce contexte, le caractère éclairé du consentement n’est pas respecté, dans la mesure où Whatsapp conditionne l’utilisation de son application à l’acceptation de ses nouvelles conditions», explique le chef de la division des affaires juridiques de l’APDP.


Et Mahamadou Aly Haïdara de préciser : «en droit du numérique, la base légale évoquée par Whatsapp pour la mise en œuvre de ce traitement est l’intérêt légitime. Parce que Whatsapp se dit que c’est dans son intérêt de mettre en place ce traitement qui va concerner le partage des informations».


Les informations concernées par la nouvelle mesure sont, principalement, le numéro de téléphone, les photos de profil et de statuts et l’adresse IP (permettant la localisation de l’utilisateur). Cependant, les messages privés resteront chiffrés de bout en bout, selon l’entreprise américaine.


«Ces données étaient déjà collectées par Whatsapp. Tout le monde sait qu’on ne peut pas utiliser les réseaux sociaux comme Facebook ou Whatsapp sans donner certaines informations. La nouveauté est qu’en acceptant les nouvelles conditions, on accepte que Whatsapp partage ces informations avec Facebook, Messenger et Instagram», souligne M. Haïdara.


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Prospection

Pour le spécialiste du droit du numérique, il n y a pas de doute, «derrière cette nouvelle politique, il y a forcément une idée de la part de Whatsapp de faire de la prospection». C’est-à-dire que la démarche vise à renforcer les échanges déjà enclenchées en 2018 avec la création de la plateforme «B to B». Cet outil permet aux petites et moyennes entreprises de mieux communiquer avec leurs clients qui utilisent les réseaux numériques.


D’ici l’épuisement du nouveau délai de trois mois fixé par Whatsapp avant la mise en application de ses nouvelles conditions, les lignes devraient bouger du côté des autorités de protections des données à caractère personnel au niveau mondial. «L’autorité italienne a saisi le comité européen à la protection des données personnelles par rapport aux nouvelles conditions de Whatsapp», souligne Mahamadou Aly Haïdara.


En attendant, le spécialiste invite les utilisateurs des réseaux sociaux à la vigilance dans la manière d’utiliser ces outils. «Les utilisateurs des plateformes doivent comprendre que les photos qu’on publie sur les statuts, par exemple, ne nous appartiennent plus. Ces informations deviennent des biens de Whatsapp et de Facebook», fait savoir Mamadou Aly Haïdara.


Deux poids deux mesures ?

Face au tollé suscité par cette affaire chez les utilisateurs, Whatsapp a précisé que les changements de conditions d’utilisation préconisés ne concernaient pas les utilisateurs résidents en Europe. «Il n’y a aucun changement dans les pratiques de partage des données de Whatsapp dans les pays européens (Royaume-Uni inclus) suite à la mise à jour des conditions d’utilisation et de politique de confidentialité», a notifié le géant américain dans un communiqué du 8 janvier dernier.


Cette situation peut s’expliquer par le fait que les instances européennes de protections des données se sont unies pour faire face aux géants du numérique pour la protection des informations privées de leurs ressortissants. La difficulté des pays africains de réagir dans ce genre de situations réside dans l’insuffisance de coordination entre les autorités africaines de protection des données, soulève Mahamadou Aly Haïdara. Pour lui, il serait difficile pour un pays de faire face seul à ces grandes entreprises du numérique. «Il serait très difficile pour un Malien d’attaquer Whatsapp, dans ces conditions, souligne-t-il, car, le groupe Facebook ne dispose même pas de point focal en Afrique de l’Ouest».


M. TOURÉ

autho

Mohamed Touré

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