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Sous un hangar fait de tôles et de pailles, est confortablement installé Hamara Camara. Le quinquagénaire qui exerce le métier de cordonnier depuis bientôt 25 ans, répare des chaussures. Un pagne étalé sur les genoux, il rafistole les semelles d’une basket (chaussure de basketball). Derrière lui, le vieux Moussa Doumbia et un groupe de cinq jeunes hommes écoutent une radio.
Pour Hamara, la radio est un média accessible à tout le monde surtout «aux non lettrés».

Moussa Doumbia, lui, dit l’avoir découverte avec son père au village depuis sa tendre enfance. Son patriarche ne se séparait presque jamais de son poste radio. «C’était une source d’information pour nos parents et de loisirs pour les jeunes et enfants. Les jeunes suivaient les commentaires de matchs de football, les enfants : la musique, les contes et autres», se souvient-t-il.

La Journée mondiale de la radio est célébrée le 13 février de chaque année depuis le 13 février 1946, jour de création de la radio des Nations unies. L’objectif est de rendre hommage à la radio en tant que moyen d’information, de communication, de loisirs, de sensibilisation, le plus accessible. Si les auditeurs disent trouver leur compte en écoutant la radio, globalement les journalistes et animateurs qui y travaillent peinent à joindre les deux bouts.
Tel est l’avis de Fanta Diakité, journaliste à la Radio Kledu. Pour elle, la plupart des radios sont mal structurées et ne sécurisent pas leurs employés en leur donnant un contrat de travail, ni en les déclarant à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS). Or, le métier peut nourrir son homme dans un cadre organisé, soutient-elle.

Kadiatou Doucouré est journaliste à la radio Guintan. Pour elle, les journalistes et animateurs de radio sont des professions comme les autres. «Si un journaliste ou un animateur maîtrise son travail, il peut en vivre confortablement. Par exemple, il peut avoir des contrats avec des partenaires locaux et étrangers. Si ces derniers sont satisfaits de sa prestation, il peut bien en tirer profit», explique la passionnée de radio.

Les promoteurs de radio disent tenir malgré les difficultés. Pour Daouda Mariko, directeur de la radio Kénédougou basée à Sikasso et ancien vice-président de l’Union des radios et télévisions libres du Mali (Urtel), les journalistes et animateurs de radio survivent dans un environnement médiatique qui ne leur permet pas d’être indépendants financièrement. Différents problèmes entravent la bonne marche des radios comme le manque de cadre de collaboration entre l’agent et l’administration. Ce qui entraîne des problèmes au niveau de la rémunération, estime-il. Aussi, beaucoup d’acteurs non avertis du secteur acceptent certaines propositions bien en dessous du coût normal de prestation, déplore le responsable de radio.

«Pour les radios basées dans les régions, c’est encore complexe, car il n’existe pas de grandes marques dont on peut faire la publicité. Le peu d’opérateurs économiques présents préfèrent avoir des prestations au rabais. Pour une prestation de 200.000 Fcfa, une autre radio peut accepter 60.000 Fcfa pour ne pas perdre le marché», déplore le patron de presse. Cette situation empêche les radios de recruter des diplômés car elles sont incapables de leur donner une rémunération à la hauteur de leurs prestations, argumente Daouda Mariko.

Pour Sékou Daou, directeur de la radio Kounari, basée à Mopti, les radios des régions de Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal font face à d’énormes difficultés depuis la crise de 2012. Le départ des populations, des partenaires, des ONG, voire de l’administration publique avec qui ils travaillaient, a entraîné une grande perte financière pour les radios. «Nous prions pour que la paix revienne afin que tout rentre dans l’ordre», espère-t-il.


Pour Bandiougou Danté, président de l’Urtel et de la Maison de la presse, la radio est un élément essentiel pour le développement du Mali et la cohésion sociale. À ce titre, elle contribue à l’économie nationale et locale à travers le paiement d’impôts et la création d’emplois. C’est à travers la radio que les populations ont accès aux informations sur différents aspects de la vie économique : agriculture, élevage, pêche, artisanat, a-t-il soutenu.


Oumar SANKARÉ

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Oumar Sankaré

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