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Les femmes excellent dans cette activité

Dans la Cité des Askia, cette zone est réputée pour l’exploitation maraîchère

Entourés de grands palmiers et d’autres arbres, notamment de longilignes eucalyptus, à quelques encablures du fleuve, s’étendent les jardins de la Coopérative maraîchère des femmes de Djidara. Chaque après-midi, un groupe de femmes, avec l’aide de quelques jeunes du quartier, procèdent à l’arrosage des planchers. Selon les maraîchères, le petit soir est le moment le plus propice pour arroser les jardins, le sol étant plus frais et les effets des rayons ravageurs du soleil s’étant également estompés. Ce lundi soir est particulier pour les femmes, c’est le jour de la réunion hebdomadaire de leur coopérative. Teintée d’un brin de solennité, la rencontre se tient en plein air entre les murs de la cour familiale de la présidente de l’Association, Maïmouna Sadou.

Une quinzaine de femmes assistent à cette assemblée autour de la meneuse du groupe. Hijab ou voile méticuleusement enroulé autour de la tête, certaines femmes sont installées sur des chaises. D’autres assises sur une natte sont affairées au tissage de nattes traditionnelles fabriquées en tige de palmiers. Cette réunion permettra aux femmes de débattre des affaires courantes concernant la vie de la coopérative des maraîchères. «Notre association a été créée en 1992, elle regroupe toutes les femmes des alentours exerçant le maraîchage. Au départ, c’était une association qui s’est transformée en coopérative en 2002. Nous sommes actuellement 53 membres», révèle la présidente de la Coopérative, Maïmouna Sadou.

La Coopérative maraîchère des femmes de ce quartier de Gao est un exemple parmi des centaines d’autres au Mali. Le maraîchage apparaît en effet comme le sous secteur agricole par excellence où les femmes excellent et trouvent leur essor. Selon le bulletin 2015 des statistiques du ministère de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, les femmes représentaient près de 70% des exploitants maraîchers au Mali. Pour le cas particulier de la Région de Gao, elles représentaient 57% des exploitants maraîchers, contre 72% par exemple dans la Région de Koulikoro, selon la même source.

POUMON VERT DU QUARTIER. Cette forte représentativité des femmes dans l’activité maraîchère révèle la singularité de ce secteur dans un contexte général caractérisé par des inégalités à l’encontre des femmes dans le monde agricole. En effet, toujours selon les chiffres du ministère de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, en 2015 les femmes constituaient 49% de la population agricole au Mali, cependant elles ne représentaient que 14% des propriétaires de parcelles.
Ainsi, le maraîchage s’avère une panacée pour de nombreuses femmes en termes d’activité économique à travers toutes les régions du Mali. Dans le cas précis des femmes maraîchères de Djidara, elles soulignent que leur organisation en coopérative a permis de rentabiliser le travail dans les jardins qui constitue leur principale activité génératrice de revenus. «Nous sommes nées dans ce métier, nous l’avons hérité de nos mères et nous comptons le transmettre à nos enfants», confie Amou Omorou, maraîchère et membre de la coopérative. Pour cette mère de famille, le maraîchage a beaucoup contribué à l’épanouissement économique du quartier en général et des femmes en particulier.

L’expérience de Djidara dans la pratique du maraîchage fait tache d’huile dans la ville de Gao. à telle enseigne que l’activité est devenue une particularité culturelle que partagent les habitants du quartier. «La plupart des villages alentours de Gao qui ont entrepris le jardinage se sont inspirées de l’expérience de Djidara», renchérit fièrement Amou Omorou, comme pour revendiquer cette identité qui caractérise désormais les ressortissants du quartier.
Pour le développement de leur activité, les femmes de la Coopérative maraîchère ont bénéficié en 2014 d’un nouveau jardin de 1,5 hectare grâce à l’appui des autorités locales. L’exploitation maraîchère est une aubaine pour tout le quartier. Djidara fournit quotidiennement une grande quantité des légumes vendus dans les différents marchés de la ville de Gao. Et les femmes sont les principales artisanes de cette production.

Au fil des années, ces maraîchères endurcies se sont spécialisées dans la culture d’une multitude de légumes et des fruits. «Nous avons dans nos jardins de la laitue, des betteraves, des carottes, des tomates, des concombres, des oignons, du gombo, des choux, des melons, du piment ...», énumère Hawa Boncana, l’une des doyennes des maraîchères qui est aussi secrétaire administrative de la coopérative.

Coiffée d’un imposant voile verdâtre, laissant transparaître ses cheveux grisonnants, la sexagénaire a accumulé plusieurs années d’expériences dans l’activité maraîchère. Riche de ce vécu, elle se plait à expliquer l’activité à laquelle elle s’est consacrée des années durant. Elle précise que chaque culture correspond à une saison donnée. La laitue, les concombres et les melons, détaille la maraichère, peuvent être semés pendant l’hivernage alors que les autres produits sont plus propices en saison froide. En plus de ces légumes classiques, les femmes commencent à expérimenter de nouveaux produits qui sont de plus en plus prisés sur le marché. Il s’agit des épices comme le persil et le céleri très utilisés en cuisine.


LA VISITE PRÉSIDENTIELLE. Les femmes décrivent leur activité comme une tâche fastidieuse nécessitant une grande implication et des efforts répétés au quotidien. Malgré ces goulots d’étranglement, elles ont développé une organisation du travail leur permettant de s’en sortir à bon compte. L’arrosage des plantes s’effectue par groupes alternés. Au sein du bureau, un groupe de sages composés des membres les plus expérimentés surveillent le déroulement des activités, pendant que d’autres sont désignées pour la vente au marché. Elles sont également épaulées dans certaines tâches par les jeunes du quartier. L’utilisation de moyens modernes a rendu certaines corvées des maraîchères moins pénibles. «Avant nous transportions nos produits au marché avec des charrettes attelées avec des ânes. Aujourd’hui, nous utilisons des moto-tricycles pour transporter nos produits sur les marchés. Ce moyen de transport est plus commode que la charrette tractée par l’âne», explique Amou Omorou.

Outre le problème de transport des produits, les maraîchères demeurent confrontées à d’autres difficultés. Il s’agit essentiellement de l’acheminement de l’eau pour l’arrosage et l’accès aux semences de bonne qualité. «Nous avons de grandes difficultés pour avoir des semences de qualité. Récemment, on a planté un lot d’oignons qui ne sont jamais sortis de terre, c’est plus tard que nous nous sommes rendues compte que la semence n’était pas de bonne qualité», regrette la présidente de la Coopérative. Maïmouna Sadou évoque également le problème d’acheminement de l’eau du fleuve aux jardins à l’aide de motopompes. «Nous investissons une grande partie de nos ressources en carburant pour alimenter les motopompes», souligne la maraîchère.

Malgré les difficultés, les femmes se disent fières de l’autonomie que leur offre le maraîchage. Elles relatent avec enthousiasme les visites de leurs jardins par les anciens présidents de la République le défunt général Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré. «Avant, la plupart des dirigeants qui viennent de Bamako visitaient nos jardins, se remémore d’un ton nostalgique Hawa Boncana. La visite la plus impressionnante était celle du président Moussa Traoré, en 1990. Il y avait des militaires partout, le président avait visité nos jardins et apprécié notre travail. C’était une fierté pour nous et tout le quartier. Les mois suivants, cette visite prenait une place importante dans toutes les conversations des femmes du quartier».

Mohamed TOURÉ


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Mohamed Touré

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