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Les deux parties se sont retrouvées autour de la table de négociations, afin de parvenir à un compromis permettant de mettre fin à la grève. Impossible de faire autrement

C’est aujourd’hui, dans l’après-midi, que le gouvernement et l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) reprendront les négociations, suspendues vendredi pour permettre aux autorités d’apporter des éléments de réponses aux points de revendications. Des réponses d’autant plus attendues qu’elles détermineront la nouvelle posture de la centrale syndicale, dont les syndiqués viennent d’observer deux cessations de travail en un mois. Le préjudice causé à l’économie nationale s’évalue en termes de centaines de milliards de Fcfa, selon diverses sources.

Ce débrayage de cinq jours a frappé par son ampleur et son impact sur la vie quotidienne. Mais bien plus que la légitimité des revendications, c’est l’opportunité de cet arrêt de travail qui a nourri les débats au sein de l’opinion publique. Le Mali est, en effet, en transition et l’équipe commise à la tâche a hérité d’un pays écartelé entre crises sanitaire, sécuritaire et humanitaire.

Cet argumentaire est mis en avant par ceux qui pensent que l’UNTM devrait donner un peu plus de temps au gouvernement. Selon les tenants de cette thèse, le timing de la grève n’est pas bon. La centrale syndicale aurait dû tenir compte de la fragilité du pays en proie à des attaques terroristes et dont l’économie est sinistrée par les effets conjugués de l’insécurité et de la pandémie de la Covid-19.
L’UNTM ne manque pas non plus de défenseurs dans l’opinion. Ceux-ci se recrutent parmi nos compatriotes qui estiment que les autorités auraient dû donner l’exemple par la renonciation à certains privilèges liés à leur fonction et par une meilleure approche du dialogue. Il n’est pas rare d’entendre dire que le président de la Transition devrait se montrer un peu plus actif en rencontrant les segments de la société susceptibles de créer des remous et perturber la bonne marche de la transition.

Tout compte fait, il semble qu’à présent les deux parties – gouvernants et syndicalistes – ont pris la mesure des conséquences dramatiques du raidissement. Il leur revient alors de faire des concessions. Et l’espoir est permis si l’on s’en tient à la volonté affichée de part et d’autre pour trouver un terrain d’entente.
Dans un tweet, lundi dernier, le Premier ministre évoquait de «grandes avancées» enregistrées dans les discussions qu’il a entamées avec la centrale syndicale depuis le 9 décembre dernier.

Moctar Ouane a, dans le même post, déploré la suspension des négociations, décidée par l’UNTM qui a jugé les «propos menaçants et méprisants» tenus par le président de la Transition lors de sa visite en Côte d’Ivoire. Bah N’Daw, lors d’une rencontre avec nos compatriotes vivant en Côte d’Ivoire, n’avait pas en effet pris de gants pour critiquer l’attitude des dirigeants de la centrale syndicale.

L’incident est clos car les syndicalistes ont décidé de revenir, dès vendredi, à la table de négociation au «nom de l’intérêt supérieur de la nation», selon le secrétaire général de l’UNTM Yacouba Katilé. Le même jour, dans un communiqué, le syndicat a annoncé la suspension des pourparlers pour «permettre au gouvernement d’aller à un conseil des ministres et d’apporter des éléments de réponses aux différents points du préavis». Lesquels points tournent essentiellement autour de l’harmonisation des grilles indiciaires des fonctionnaires, ainsi que des primes et indemnités accordées à certaines catégories de fonctionnaires.

LONGUE LISTE- En plus, l’UNTM exige que les «travailleurs compressés», ces anciens salariés des sociétés et entreprises d’État nationalisées à partir des années 80, soient mis dans leurs droits. Autres doléances : la relance du chemin de fer, la relecture de la loi portant création de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite, le recrutement d’au moins 20.000 jeunes diplômés dans la fonction publique en janvier 2021.
À ces points, il faut ajouter l’intégration dans les fonctions publiques de tous les enseignants des écoles communautaires, la transposition dans le secteur privé des augmentations de salaires obtenues en 2014 et 2019, la mise en œuvre immédiate des passerelles entre les deux fonctions publiques, la suppression immédiate des activités des bureaux de placement privés, le recentrage des mesures de fonctionnement de la transition en vue d’en corriger les anomalies et insuffisances dès la 2è quinzaine de décembre 2020 et l’indemnisation des travailleurs victimes de la crise depuis 2012.
La liste des revendications de l’UNTM est si longue qu’à première vue, même les plus optimistes donneraient peu de chances de réussite aux pourparlers en cours. Surtout que la centrale syndicale semble durcir le ton lorsqu’elle évoque ses «multiples sacrifices», auxquels les «pouvoirs politique, législatif, judiciaire en particulier… ont répondu, par une tendance à l’enrichissement personnel, au népotisme, au favoritisme, à l’incurie de gouvernance». Les dirigeants syndicaux pointent aussi du doigt la multiplicité des statuts de fonctionnaires donnant droit à des privilèges exorbitants.
De son côté, le gouvernement met en avant l’argument que les finances publiques supporteraient difficilement des charges supplémentaires. Le 12 décembre, à la télévision nationale, le ministre en charge de la Fonction publique, Me Harouna Toureh, a fait comprendre que l’harmonisation des primes et indemnités ne serait pas possible immédiatement. Par contre, l’État se propose d’augmenter l’indice de salaire pour tous au mois de juillet 2021. À cette proposition, la centrale a demandé de ramener l’augmentation de l’indice au mois de janvier 2021.
En dépit de ces points d’achoppement bien réels, il est fort possible que gouvernement et centrale syndicale parviennent à un compromis. Car, premièrement, les habitués des négociations syndicales le rappellent volontiers, un cahier de doléances n’est pas fait pour être satisfait entièrement et immédiatement. Si les deux parties sont animées d’une réelle volonté de sortir de l’impasse, elles arriveront à identifier les points susceptibles de faire l’objet d’un accord. Et deuxièmement, les pouvoirs publics et les syndicalistes sont, semble-t-il, conscients que le pays n’a pas besoin d’un conflit social au long cours.
L’urgence, tout le monde en convient, c’est d’instaurer un climat serein et propice à l’exécution des missions de la Transition. Cela passe par l’arrêt immédiat des grèves qui ne peut être obtenu que par des concessions de la part des grévistes et des autorités.

Issa Dembélé

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Issa Dembelé

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