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Dans cette interview, le président de la Convergence pour le développement du Mali (Codem) donne son appréciation sur les 100 premiers jours de l’équipe de Transition et indique ce qu’il attend de l’organe législatif fraîchement mis en place

L’Essor : Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique du pays depuis les événements du 18 août dernier ?

Housseini Amion Guindo :
Après la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, dans les conditions que tout le monde sait, en notre qualité de démocrate, nous avons fait quelques condamnations de principe. Nous avions beaucoup d’espoir pour un nouveau départ pour le pays. Nous étions contents de constater que toute la classe politique, la société civile, bref tout le monde a, dans un premier temps certes, condamné, mais décidé d’accompagner et d’aider à la réussite de la Transition. Cela, pour nous permettre d’enjamber, de la façon la plus noble, cette courte période. Mais très vite, nous avons assisté à des pratiques peu orthodoxes dans l’exercice du pouvoir par les nouvelles autorités, lesquelles ont heurté beaucoup de monde. Qu’il s’agisse du corps social et/ou de la classe politique, les espoirs du renouveau et la fin d’une époque se sont estompés brutalement. Si les autorités de la Transition bénéficiaient de 80% du soutien des Maliens au départ, aujourd’hui cet espoir s’est sérieusement érodé et dégradé.

L’Essor : Bientôt la Transition bouclera ses 100 premiers jours. Quelle appréciation faites-vous des actions déjà menées par l’équipe du président Bah N’Daw ?

Housseini Amion Guindo :
À mon avis, il n’y a eu aucune action d’envergure. Nous avons passé 100 jours sans qu’on ne parle d’une nouvelle doctrine de défense et de sécurité dans notre pays. Or, l’une des priorités absolues ou la priorité au Mali est bien d’assurer la défense du territoire national, réduite en peau de chagrin ; de protéger les personnes et leurs biens. 100 jours sans aucune réunion, ni rencontre pour dire voici ce que nous comptons faire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme qui sont en train de prendre des proportions inimaginables dans notre pays.

L’Essor : Les Maliens connaissent la composition du Conseil national de la Transition (CNT). Quelles sont les attentes de la Codem vis-à-vis de cet organe en termes de priorités?
Housseini Amion Guindo :
Vous savez, c’est excessif de nommer le CNT comme un organe législatif. Pour moi, c’est un organe consultatif. Les gens qui siègent dans un Conseil national sont appelés des conseillers en référence au titre même de l’organe, Conseil national de la transition. Donc, ils doivent pouvoir se prononcer sur les projets de textes que le gouvernement leur envoie pour avis avant que le président de la Transition ne prenne une ordonnance, comme le stipule notre Constitution. Ordonnance qui, une fois qu’une Assemblée nationale bien élue sera installée, peut être ratifiée et transformée en loi. Un conseiller ne peut, en aucun cas, être celui qui vote la loi. Les lois sont votées par les représentants élus du peuple.

L’Assemblée nationale a un rôle délibératif, contrairement au CNT qui a un rôle consultatif. Il est important de préciser cela pour ne pas semer la confusion. Pour nous, le CNT et cette transition ne peuvent avoir que deux rôles. Il s’agit, premièrement de faire reculer l’insécurité dans notre pays. Deuxièmement de créer les bonnes conditions institutionnelles et politiques pour des élections transparentes et crédibles, permettant le retour à l’ordre constitutionnel.
Pour nous, le CNT ne doit s’attaquer à rien d’autre que les bonnes conditions d’organisation des élections. Les conseillers pourraient, à la limite, modifier la loi électorale au niveau des structures devant organiser les élections. Nous pensons que c’est à ces niveaux que le débat peut se situer. Mais, il est illusoire de penser qu’un CNT composé de 121 membres nommés par une seule personne puisse engager le Mali sur des réformes constitutionnelles profondes. Cela est une aventure qui n’est même pas imaginable.

L’Essor : La situation sécuritaire actuelle du pays permet-elle les réformes nécessaires attendues par le peuple malien ?

Housseini Amion Guindo :
La situation sécuritaire devait être la priorité de la Transition, comme nous le disions tantôt. Nous pensons qu’un peu de légitimité vaut mieux que pas de légitimité. Aujourd’hui, nous n’avons aucune légitimité pour reformer en profondeur notre pays. Nous pensons que pour la prochaine élection, chaque candidat doit être porteur d’un projet de réforme pour le Mali, et le soumettre aux populations, et qu’il soit élu sur cette base. Et sur la base de la confiance et du programme sur lequel il aura été élu, il pourra, alors, conduire les réformes nécessaires pour le pays, et non dans les conditions actuelles.

L’Essor : Quelles sont les recommandations de la Codem pour la réussite de la Transition ?

Housseini Amion Guindo : Ce que nous recommandons et qui est urgent est de rendre cette Transition inclusive. L’inclusivité permet de stabiliser le pays. Le Mali n’a pas besoin aujourd’hui de voir ses enfants divisés davantage. Le rôle de la Transition devrait être de rassembler les Maliens. Parce que tant que les Maliens ne seront pas rassemblés, on ne pourra pas faire face aux grands défis qui nous attendent, notamment en termes de sécurité. Donc, la Transition devrait chercher à se légitimer en rassemblant. Je pense que cela est très important.

Ensuite, nous pensons qu’il faut respecter les droits acquis. Après la démission du président IBK, le cas des enseignants était la priorité. Nous sommes d’accord parce que chacun a, au moins un élève chez lui. La question de l’école concerne tous les ménages au Mali. Nous pouvons les saluer pour ça. Mais, de façon spontanée et automatique, ils devaient aussi savoir qu’il y a d’autres syndicats organisés qui menaçaient d’aller en grève. Donc, avant les préavis, les autorités devaient rencontrer toutes les centrales syndicales et leurs syndicats.

Ce, pour les rassurer et leur dire sans langue de bois ce qui suit : nous venons d’arriver, donnez-nous trois ou quatre mois pour nous permettre de voir la situation et vous revenir. Au lieu de faire cela, on a voulu intimider les travailleurs. Je pense que la concertation doit être le cheval de bataille, le chemin par lequel cette Transition doit fonctionner. Un pays fonctionne sur ces deux principes. Primo, l’application et le respect des lois et secundo, la concertation. Partout où la loi est difficile à appliquer, c’est la concertation qui gère le problème. Et partout où la concertation ne parvient pas à trouver des solutions, c’est la loi qui tranche. Les autorités de la Transition gagneront à ne pas considérer les Maliens, la classe politique et les autres forces comme des ennemis. S’il y a des gens qui ont flirté avec le banditisme, ou qui ont bradé les ressources publiques, il s’agit d’appliquer la loi.

Propos recueillis par
Aboubacar TRAORÉ


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Aboubacar Traoré

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