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Tu es né à Kita en 1948 d’une très grande famille musulmane détentrice de l’imamat de la grande mosquée de cette ville. Tu nous as quittés prématurément, il y a quelques jours seulement, après le rappel auprès du Tout-Puissant de ta chère et digne épouse Rokiatou Dicko dite Ncinin, en ce jour fatidique du 05 Décembre 2020.
Nous sommes de la même génération. Nous nous sommes rencontrés pendant notre jeunesse, à Medina-Coura à Bamako après l’obtention dans ta ville natale de ton Diplôme d’études fondamentales (DEF). Tu nous as rejoints avec d’autres camarades en 1966 au Lycée Askia Mohamed. Tout au long de notre scolarité, et de notre vie active et à la retraite, nous avons vécu à Medina Coura puis à Faladié-Sema où nous avons régulièrement prié ensemble et échangé avec d’autres amis et anciens camarades de promotion notamment après les prières. Votre foi en Allah et en son prophète (paix et salut sur lui !) a été hautement saluée par l’imam de notre quartier.
Ousmane Saïd, à l’adresse de tous ceux d’aujourd’hui comme de demain, utile serait de faire ta connaissance, ton parcours professionnel et social et surtout cette conviction religieuse. Car exceptionnel a été ton parcours à plus d’un titre. Qu’on en juge !

Or donc, après tes études coraniques à la Medersa de Kita, tu as fréquenté la section arabe et anglais du Lycée Askia Mohamed de Bamako où, après ton baccalauréat, tu as accédé, comme moi, à l’école normale supérieure de Bamako en 1968-1969. Là, tu as terminé tes études en 1973 dans cette prestigieuse école et obtenu le diplôme de philosophie avant d’entamer des études et des recherches pour l’obtention de ton Diplôme d’études approfondies (DEA) en Sciences appliquées au développement à l’Institut supérieur de formation et de recherche appliquées (ISFRA) qui avait succédé au Centre pédagogique supérieur (CPS) où j’ai fait ma formation doctorale entre 1972 et 1975. Tu as complété ces dernières études avec l’obtention à Paris, d’un doctorat de 3è cycle sous la direction du Professeur feu Henry Desroches.
Que de souvenirs nostalgiques de notre enfance à Medina-Coura et lors de nos tournées à l’intérieur et à l’extérieur du Mali avec certains de nos amis communs, dont certains, comme Bantieni Coulibaly alias Bob, Alou Traoré alias Dick et Seydou Cissé et d’autres encore ne sont malheureusement plus de ce monde hélas ! Que leurs âmes reposent en paix.

Amen ! Mort où est ta victoire ? Est-on tenté de s’interroger comme l’autre ! Que leurs âmes reposent en paix !
Commençant ta carrière, tu as enseigné la philosophie à l’école normale secondaire de Badalabougou à Bamako avant de me rejoindre à la Direction nationale de l’alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA) où j’avais été nommé adjoint du Directeur, du doyen Adama Berthé, cumulativement avec les fonctions de chef de la Division de la recherche linguistique et pédagogique. Nous nous sommes retrouvés dans ce nouveau service qui venait de naître et tu y as occupé le poste de chercheur à la Section évaluation, planification des actions de formation et d’alphabétisation de 1979 à 1983 avec des amis comme Barthelemy Togo, Edmond Dembelé, Band Patrice Togo, N’golo Coulibaly, feux Paul Guindo et Denis Dougnon. Nous avons inlassablement travaillé ensemble avec cette première équipe de jeunes chercheurs. à l’époque, les autres divisions de la DNFLA étaient dirigées par Bablen Traoré, feu Moussa Diakité et feue Sira Diop Sissoko. La DNAFLA venait de succéder au Service national de l’alphabétisation, créée aux premières années de l’indépendance du Mali suite d’une part à la Conférence mondiale de Téhéran sur la lutte contre l’analphabétisme et d’autre part à la Conférence régionale de Bamako organisée par l’UNESCO sur la transcription et l’écriture des langues africaines. Le Service national d’alphabétisation (SNA) était piloté par feu Fakoney Ly, mon premier maître d’école à Medina- Coura, parti au Bureau régional de l’UNESCO pour coordonner les actions de cette organisation en Afrique à Dakar !

La DNAFLA était bénéficiaire du Projet expérimental mondial (PEMA) de l’UNESCO. De la DNAFLA, avec de nombreux autres collaborateurs (dont je me propose ultérieurement de publier une liste non exhaustive des pionniers), tu as plus tard été nommé coordonnateur des études sur l’éducation de base au ministère de l’éducation nationale. Auparavant, tu as été chargé de la coordination du volet alphabétisation des projets Mali Sud dans la zone cotonnière et arachidière avec le chef de Division, feu Moussa Diakité dans les volets alphabétisation et éducation des adultes de l’Opération arachide et cultures vivrières (OACV) financée par la Banque mondiale et l’Agence canadienne pour le développement international (ACDI) sous la supervision et l’appui de nos regrettés collègues, les Français Guy Belloncle, Bernard Dumont et l’Américain Peter Easton. Paix à leurs âmes !
Sur le plan international, tu as été haut fonctionnaire de 1983 à 1986, chef du Bureau de la gestion prévisionnelle et de la formation professionnelle au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) à Dakar (Sénégal) puis d’une Organisation régionale à une autre entre 1986 et 2006, haut cadre à la Banque ouest africaine de développement (BOAD) à Lomé au Togo. à ce poste, tu as été aussi chargé du recrutement et de la gestion des ressources humaines au sein de cet organisme régional.

Last but not least, à ton retour au Mali, tu as accepté de m’apporter ton concours pour la hiérarchisation du personnel enseignant du supérieur lors de ma nomination au poste de conseiller technique chargé de l’enseignement supérieur au sein du cabinet Baba Akhib Haïdara, ministre d’état, ministre de l’éducation nationale en 1992.
Tu es plus tard devenu, peu avant 2007, Directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique et technologique du Mali (CNRST) avant d’occuper toujours en 2007, avec la bienveillance du président Amadou Toumani Touré (Paix à son âme), le poste de conseiller technique chargé du très délicat secteur de l’enseignement secondaire. C’était après ma nomination à la tête du ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique. Tout au long de notre mission dans ce cabinet et pendant deux longues années, aucun mouvement d’humeur n’a entravé le cours normal de l’année académique : une vraie performance et surtout plusieurs infrastructures scolaires et universitaires avaient été inaugurées par le président de la République, dont les nouveaux locaux des Facultés de Badalabougou et aussi la préparation détaillée des dossiers pour la recherche des ressources auprès des Partenaires techniques et financiers pour la réalisation du campus de Kabala en collaboration avec le Professeur Drissa Diakité, conseiller technique aussi au sein de notre cabinet. Qu’il en soit remercié !

Auparavant, faut-il rappeler que pendant ma mission des 15 années à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), aujourd’hui Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de 1977 à 1992, Ousmane Saïd a été, à plusieurs reprises, consultant de cette Organisation intergouvernementale dans les domaines aussi divers que la promotion et la pédagogie des langues nationales et leur intégration dans les systèmes éducatifs formels et non formels dans les pays de l’espace francophone où son travail a toujours été hautement apprécié tant en Afrique, dans les Antilles, dans l’Océan Indien et en Asie, particulièrement au Viet Nam d’où je garde, lors de notre passage dans la ville de DA-Nang, la grenade dégoupillée servant de lampe d’éclairage à pétrole dans une salle d’alphabétisation. Je l’avais obtenue en guise de cadeau lors de notre passage dans cette ville frontière entre le Nord et le Sud. C’était en 1978 et le Viet Nam venait juste d’être libéré. J’ai encore en mémoire aussi ce séjour inoubliable de trois semaines passés ensemble respectivement en Haïti et à Sainte Lucie dans les Caraïbes, aux Seychelles, à Maurice et à Madagascar dans l’Océan indien où nous avons partagé avec les spécialistes des autres pays francophones, l’expérience malienne et africaine en la matière. Il en avait résulté d’importantes publications qui font encore autorité dans plusieurs pays. Je peux aussi témoigner que dans son propre pays le Mali, le Professeur Ousmane Saïd Cissé a été l’artisan principal de la définition des termes de références (TDR) et de la lettre de mandat pour la mise en place de la Commission interministérielle malienne de réflexion et d’étude pour l’intégration des écoles coraniques au système éducatif national et la supervision des travaux. Il a aussi compté à son actif, plusieurs publications sur les formations continues en entreprises tant lors de son passage à l’OMVS, à la BOAD que dans son pays.

C’est en reconnaissance de toutes ces actions, qu’il a été élevé par les hautes autorités de notre pays à la dignité de Chevalier de l’Ordre national du Mali.
Au plan social, je garde de lui le souvenir d’un homme exceptionnel qui privilégiait, en toute circonstance, le dialogue et non les facteurs d’affrontement et de division, même dans les moments les plus difficiles de crise de l’école malienne, dont nous avions la responsabilité. Partisan d’une école forte et rassemblée autour de tous ses partenaires, il a toujours privilégié le dialogue et non la division et les affrontements improductifs pour l’avènement, dans notre pays, d’une école consolidée, apaisée et performante, selon les mots de notre frère, ami et prédécesseur Pr Mamadou Lamine Traoré, ancien ministre de l’éducation nationale au sortir de la révolution de mars 1992. Une école rassemblée, tournée vers le progrès et la recherche réelle du savoir ainsi qu’en rêvait aussi le Pr Joseph Ki-Zerbo qui ambitionnait lui aussi de faire de cette institution «la ruche des arts et métiers africains». La recherche permanente du consensus était le seul credo de l’équipe que nous avions constituée en bonne intelligence et avec les syndicats d’enseignants, l’Association des élèves et étudiants du Mali et tous les autres partenaires. Tout cela pour sauver une nation jeune avec ses cicatrices, ses fractures, ses inégalités et ses exclus au sortir de la crise de 1992. Dans ce combat commun, il a bien apporté sa généreuse contribution.

Au demeurant, comme on peut le constater, le Pr Ousmane Saïd Cissé, n’a pas été seulement un compagnon de lutte de longue date, il a été un appui ferme et efficace pour tous les ministres de l’éducation qui se sont succédés pour la gestion de l’école en général et en particulier de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle tout comme la promotion des langues nationales : deux secteurs réputés difficiles et peu commodes à gérer !
Avec toi, cher ami Zou, j’ai vite compris pendant mon séjour à la tête de ce département que dans l’exercice du pouvoir, il est toujours indispensable d’avoir à ses côtés, de collaborateurs aussi efficaces, francs et honnêtes. Ceux-là même qui osent affirmer sans compromission aucune, sans crainte de déplaire au prince du jour, la réalité de l’environnement, les pièges et la meilleure stratégie de sortir des crises de croissance: la pratique de faire la cour au chef du département étant inhérente à l’entourage!
Merci aussi encore cher ami de ta très grande disponibilité et de ta précieuse contribution à l’opérationnalisation du projet historique (beaucoup l’ont oublié sans doute) de la hiérarchisation de tout personnel enseignant et de la recherche de l’enseignement supérieur réalisée sous le cabinet du Pr Baba Akhib Haïdara.
Homme de caractère, de grande culture, de ténacité, de foi et de principe, tu es toujours resté égal à toi-même. Je retiens surtout de l’homme, le modèle parfait du croyant (il dirigeait toutes nos prières quotidiennes dans la cour du ministère) au point que certains des agents ne t’appelaient que par le surnom de «Almamy». Un homme qui est demeuré, jusqu’à son dernier souffle, le sage et l’intellectuel.
Assurément le Mali perd en toi un de ses meilleurs fils.
Dormez en paix Professeur Cissé, ma sœur N’cyni Dicko, brave compagne. Que la terre du Mali que vous avez tant servie vous soit légère. Que le Tout-Puissant vous accueille en son Paradis éternel. Amen !
à vos enfants et à tous vos proches et à toute ta famille, aux noms de tous nos anciens collègues et de nos familles, je renouvelle mes condoléances les plus attristées.

Pr Amadou Touré
Ancien ministre

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