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La capitale fait face à une recrudescence des braquages à mains armées et en plein jour. Les paisibles citoyens ne savent plus à quel saint se vouer

L’insécurité est devenue un vrai casse-tête dans notre pays, notamment dans la capitale. Les Bamakois ne savent plus où donner de la tête. Presque tous les jours, on relaie sur les réseaux sociaux des attaques à mains armées par-ci, des braquages par-là. Aujourd’hui, on se demande si réellement les éléments des forces de sécurité peuvent efficacement répondre aux exigences de sécurité dans notre pays ? Et personne ne peut reprocher aux Maliens de se préoccuper d’une situation qu’ils n’avaient jamais vécue. Tous espèrent que les forces de sécurité reprennent rapidement du poil de la bête dans la lutte contre le grand banditisme pour qu’au moins, les populations retrouvent la quiétude et la paix.
Plus les jours passent, plus la situation sécuritaire a tendance à s’accentuer et les âmes désemparées ne dorment plus que d’un œil. Des individus armés s’attaquent aux citoyens en plein jour et les dépossèdent de leurs biens. On peut citer des cas à ne pas en finir. Entre octobre et décembre 2020, au moins cinq braquages à mains armées ont eu lieu à Bamako. Lundi 30 novembre 2020 est une date à marquer d’une pierre noire avec au moins trois attaques à mains armées pour un bilan global d’un mort et des blessés.

La première agression avec arme à feu s’est produite à Sogoniko au niveau de la gare d’une compagnie de transport, vers 11 heures. Deux bandits munis de pistolets se transportent sur une moto. Ils profitent d’un embouteillage monstre pour tirer à bout portant sur un automobiliste qui succombera à ses blessures. Les Bamakois apprendront plus tard que la victime, un entrepreneur de la place, s’était rendu à la banque pour retirer une importante somme d’argent. Les bandits qui le filaient depuis sa sortie de banque, ont fini par disparaître avec leur butin sans que personne ne puisse les contrarier dans leur action criminelle.

Les Bamakois qui ne s’étaient pas encore remis les idées en place, seront informés quelques heures après d’un autre braquage sur un motocycliste dans le même quartier. La victime sera aussi dépouillée de son argent. Toujours dans la même journée, le troisième cas de braquage s’est déroulé à Hamdallaye ACI 2000 où, des malfrats ont violenté une personne pour la déposséder de son argent avant de la laisser pour mort.
Mardi 1er décembre 2020, une agence de la Banque de développement du Mali (BDM), située à la Cité des 1008 Logements de Yirimadjo, a été attaquée par quatre bandits armés. Le quatuor a cambriolé le local et est reparti avec un important butin. Une semaine après, soit le 7 décembre dernier, un autre cas de braquage s’est passé en plein marché à Bamako où, un agent de recouvrement d’une société de la place a été dépossédé de son sac à main contenant plus de 20 millions de Fcfa qu’il avait encaissé dans une banque.

MODUS OPERANDI- Il est inadmissible de voir les bandits perpétrer impunément avec toujours le même modus operandi des actes criminels et sans qu’ils ne soient contrariés dans leur plan au moins une fois. La situation interpelle la conscience collective et pose sur la table l’épineuse question de la libre circulation des armes légères et de petit calibre voire de fabrication artisanale à Bamako et qui se retrouvent dans les mains de petits voyous.
Il ressort d’un constat que la plupart des meurtres et assassinats perpétrés à Bamako et dans les banlieues seraient commis avec une arme de fabrication artisanale. Malheureusement, ces armes pullulent le marché et se vendent au tout-venant. Ainsi, des trafiquants de tout acabit se sont engouffrés dans cette brèche pour approvisionner les populations rurales et urbaines en pistolets automatiques et d’autres armes. On a l’habitude d’enregistrer dans la Cité des «Trois Caïmans» une flambée de violence. Mais l’inédit, depuis quelque temps maintenant, c’est la multiplication subite des agressions à mains armées en divers points au même moment. La majorité des agressés venaient de retirer de l’argent des banques et autres établissements financiers.

Face à la situation, les autorités compétentes sont décidées à prendre le taureau par les cornes. Elles multiplient les initiatives pour atténuer le phénomène qui connaît une recrudescence à défaut de le circonscrire définitivement. La direction générale de la police nationale a déclenché, dans la première décade de décembre dernier, une intervention dénommée «opération escargot» qui vise à sécuriser les personnes et leurs biens à travers une présence renforcée des éléments des forces de l’ordre sur le terrain, principalement dans les centres commerciaux, les alentours des banques et d’autres lieux publics.

TRAQUER LES BANDITS- Joint au téléphone, le directeur régional de la police d’alors, Siaka B Sidibé, n’a pas daigné réagir. Mais, une autorité sécuritaire qui a requis l’anonymat explique que la police a mission de sécuriser les paisibles populations. à le croire, le putsch d’août dernier a ébranlé le système sécuritaire parce que «lors des manifestations, de nombreux postes de police ont été saccagés. Ces événements ont permis aux malfrats de se procurer des armes de guerre après la casse du magasin d’armes de Kati. Certains ont même été pris par les patrouilles policières avec ces armes qui ont été restituées à l’Armée».
La police reste à pied d’œuvre pour traquer les bandits. «On ne peut pas mettre à chaque coin de Bamako un policier. Par conséquent, la population doit collaborer avec les forces de l’ordre», indique l’officier de police. Il fait aussi remarquer que très souvent, les victimes des braquages sont connues des braqueurs qui observent leur va-et-vient dans les établissements bancaires.

L’officier de police Mohamed Lamine Coulibaly relève crûment et sans ambages le manque de moyens. «Il faut donner les moyens à la police mais aussi à la gendarmerie pour mener à bien la mission de sécurisation des personnes et leurs biens», réclame-t-il. Il trouve que cela passe d’abord par une volonté politique. Le capitaine de police pense que le concept des droits de l’Homme est une épine dans le pied de la police parce que mêmes ceux qui tuent bénéficient de la protection de la loi. Le commissaire de police, Seydou Coulibaly, reconnaît lui aussi certaines difficultés. Il explique clairement que la police n’est pas en mesure de déjouer tous les coups des bandits, faute de moyens humains et matériels. Il a aussi souligné qu’un dispositif sécuritaire est mis en œuvre avec des patrouilles nocturnes, des opérations de grande envergure, en plus des mesures prises comme l’état d’urgence.

Il y a aussi des zones réputées criminogènes comme certains vieux quartiers populaires où, les cas de braquages et de vols à mains armées sont légion. Ces lieux brillent aussi par la vente et la consommation des stupéfiants. Dans ces quartiers, les dealers règnent en maîtres absolus. Dans les rues d’un vieux quartier de la Commune II qui grouillent constamment de monde, les braquages sont multiples. Aminata Haïdara, une habitante du secteur parle de l’insécurité ambiante de Bagadadji. Au niveau du «railda», il n’est pas prudent pour un motocycliste de s’arrêter aux feux tricolores entre 19 h et 20 h, au risque de se faire agresser au nez et à la barbe de tout le monde, explique-t-elle désabusée. Pour elle, le pire c’est qu’en pleine journée, des motocyclistes sont aussi agressés par des jeunes, qui sous l’effet des stupéfiants, sèment la terreur. Elle fustige la complicité des parents qui couvrent leur progéniture, une fois qu’ils commettent des forfaitures. Elle exprime sa colère et son indignation de voir une telle situation perdurer dans la capitale et interpelle les autorités compétentes à assumer le rôle régalien de l’état, à savoir la sécurisation des personnes et de leurs biens.

VISAGE DES BRAQUEURS- Aminata Haïdara, visiblement très remontée, indique aussi que tout le monde dans son quartier peut mettre un nom sur chaque visage des braqueurs, mais personne n’ose les dénoncer de peur des représailles. «La police aussi n’intervient pas à temps mais le hic c’est que les jeunes délinquants n’ont même plus peur des policiers. Ils agressent les citoyens pour les déposséder de leurs motos et téléphones portables. Gare à une tierce personne qui essaie d’intervenir pour les contrarier dans leur plan», se lamente la bonne dame.
Au niveau du commissariat du 3ème arrondissement, la brigade des recherches (BR) est formelle sur la recrudescence des vols simples (vol de sacs à main, de portefeuilles et autres). «Cette année, on a enregistré moins de braquages à mains armées en fin d’année comparativement aux autres années. On a été plus confrontés à des délits de consommation des stupéfiants et à des batailles rangées entre dealers», explique un agent.

Sur les cas de braquages commis dans le «Milieu», un sobriquet attribué à une rue malfamée de Bagadadji, connue pour les frasques en tout genre, l’agent de la BR signale les difficultés à intervenir contre parce que les familles couvrent. «Il arrive souvent qu’on pourchasse un malfrat armé, mais dès qu’il pénètre le «Milieu», les gens s’opposent à son arrestation et agressent les policiers. Notre limier regrette cette attitude qui entrave la mission de sécurisation de la police. Il ajoute que la non collaboration de la population justifie la recrudescence des braquages. Il en appelle comme d’autres de ses collègues à la franche collaboration de la population pour mettre les bandits hors d’état de nuire.
En attendant d’éradiquer le fléau, nos compatriotes continuent d’être victimes de braquages à mains armées. Certains estiment que les éléments de sécurité peuvent encore mieux faire pour que la capitale soit débarrassée de la racaille.


Tamba CAMARA

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Tamba Camara

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