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Depuis plus d’une année, le trafic routier entre le Mali et le Burkina Faso, sur la route nationale (RN15) est interrompu pour causes d’insécurité et de sabotage des ouvrages de part et d’autre de la frontière. Cette interruption du trafic sur la voie, communément appelée «La route du poisson» ou encore «La route Liptako-Gourma» à partir de la frontière du Burkina Faso, a impacté négativement le quotidien des populations du Cercle de Koro et de toute la Région de Mopti (Centre).
Cet axe routier était la principale voie de ravitaillement de toute la Région de Mopti et une grande partie des régions de Ségou et Gao. De nombreuses activités économiques s’étaient développées autour de cet axe routier. Les conséquences de l’arrêt du trafic sur l’axe Mali-Burkina Faso, à partir de la RN15 sont perceptibles à tous les niveaux : les denrées de première nécessité se font rares sur le marché de Koro, les prix de plusieurs articles ont connu des augmentations vertigineuses, de nombreux jeunes, qui menaient de petites activités liées au trafic sur cet axe, sont au chômage, les agents des services des douanes et de transit sont au chômage technique, les transporteurs et les commerçants broient du noir.

Sur le plan économique, c’est un manque à gagner pour l’État. En temps normal, cette route faisait rentrer, annuellement, près de 200 millions de Fcfa au Trésor public, selon le chef de bureau des douanes de Koro, l’inspecteur Mory Koïta. Malheureusement, depuis janvier 2020, il n’y a plus de perception au niveau du bureau des douanes de Koro, car le trafic est totalement à l’arrêt.
À côté des services des douanes, les agences de transit ont, aussi, du mal à joindre les deux bouts. Pour Assimi Dama, chef d’antenne d’une société de transit à Koro, la fermeture de cette route est un désastre économique pour le Cercle de Koro mais aussi pour toute la région. Selon lui, c’était inimaginable que cette route puisse être fermée pendant plus d’une année. Tous les échanges avec les pays voisins, à partir de la RN15, sont bloqués. Ce qui a eu des répercussions sur le coût du transport et, par ricochet, le prix des denrées de première nécessité.
Avant l’arrêt de la circulation sur cette route, les frais de transport d’une personne entre Koro et Ouahigouya au Burkina Faso est de 2.000 Fcfa pour 97 km. De nos jours, il est de 20.000 Fcfa pour plus de 500 km, en faisant le détour par Bénena. L’arrêt du trafic a contraint une compagnie à affecter certains de ces agents à d’autres bureaux opérationnels à travers le pays.

Sékou Sawadogo, habitant de Koro, nous explique que cela fait plus d’une année qu’il n’a pas pu rendre visite à ses parents qui sont à seulement 45 km de Koro, dans le village de Thiou, au Burkina Faso. Il n’est pas seul dans cette situation. De nombreux habitants de Koro, originaires du Burkina Faso, sont séparés de leurs familles, du fait de l’arrêt du trafic routier entre les deux pays, à partir de Koro.
À ceux-ci, s’ajoutent les commerçants qui souffrent le martyre dans cette situation. Le président de la Chambre local de commerce de Koro nous a expliqué que de nombreux commerçants ont vu leur chiffre d’affaires chuter, suite à l’arrêt du trafic avec le Burkina Faso. Le coût du transport a augmenté et les prix des produits ont surenchéri. Or, malheureusement les populations qui n’arrivent pas à exercer leurs activités économiques traditionnelles (agriculture et élevage), à cause de l’insécurité depuis plus de quatre ans, vivent dans la précarité. Le pouvoir d’achat des populations a beaucoup baissé et elles ne sont pas en mesure de se procurer certaines denrées surtout de suivre la courbe ascendante des prix.

Le président de la Chambre local de commerce de Koro lance un appel de détresse aux autorités du Mali, «pour une reprise dans, un bref délai du trafic routier sur le tronçon Koro-Burkina Faso». Le Cercle de Koro ploie sous le poids des conséquences de plus de quatre ans de conflits communautaires et d’attaques terroristes. L’arrêt du trafic sur la RN15 constitue un véritable danger qui pourrait plonger toute la zone dans une situation humanitaire catastrophique.
Comme pour rappeler le danger permanent qui guette les populations de cette zone, un véhicule mini bus, en provenance de Bankass, a heurté un Engin explosif improvisé (EEI) mardi dernier, au niveau du pont Parou, dans la Commune rurale de Bara Sara, sur la RN15, selon une source locale. Le bilan est de quatre morts et trois rescapés parmi lesquels deux femmes, selon notre source, qui précise que les malfaiteurs ont placé la mine au beau milieu du pont. Une équipe de l’Escadron de la gendarmerie de Bandiagara s’est rendue sur les lieux afin de ratisser la zone et de faire évacuer, à Bandiagara, les corps et les rescapés.

Ici, on mesure l’impérieuse nécessité pour tous les acteurs de conjuguer leurs efforts afin de trouver une solution urgente à cette situation. De l’avis de plusieurs habitants, la solution devra être bipartite entre le Mali et le Burkina Faso car, l’insécurité et le sabotage des infrastructures routières persistent dans les deux pays.
Certains avancent la solution des escortes militaires, pour sécuriser les personnes et leurs biens, depuis Ouahigouya (Burkina Faso) jusqu’à Mopti (Mali), à court terme. Cela, afin de rassurer les usagers et les commerçants à emprunter, de nouveau, cet axe. D’autres pensent qu’il faut installer des bases militaires, de part et d’autre de la frontière, à long terme et s’organiser pour nettoyer la bande frontalière à travers une présence de l’État.
En attendant une solution durable, les populations s’approvisionnent en denrées de première nécessité, au compte-goutte avec des tricycles qui empruntent des pistes rurales semées de dangers. Il est important de signaler que tous les autres bureaux des douanes et de transit de la zone parviennent à travailler, malgré l’insécurité, sauf celui de Koro. Etcela depuis plus d’une année.


AMAP-Koro

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