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«Il était entier, il était inconditionnel en amitié, au point de défendre parfois l’indéfendable quand il s’agissait de voler au secours d’un ami. Comme beaucoup de ses compatriotes, et surtout les ressortissants songhaïs de son Gao natal, Gilbert se nourrissait d’archétypes glorifiant les ancêtres d’un Mali aux empires prestigieux dont il revendiquait fièrement la descendance». Ainsi s’exprime Madame Sow Saphie Ly, une amie journaliste sénégalaise à Dakar en apprenant le décès de Cheick Oumar Maïga, alias Gilbert.

Arraché à notre affection ce 1er septembre 2021 à l’âge de 64 ans, Gilbert nourrissait pour le journalisme un amour obsessionnel. Sortant du Cesti (1980, 7è promotion), il fut mon étudiant dans ce prestigieux centre de formation en journalisme à Dakar. Sa passion pour la profession était telle qu’il ne pouvait pas faire dans la demi-mesure. Il avait des convictions et savait les défendre avec âpreté.

Esprit pétillant, révélant une vaste culture et une ardeur intellectuelle peu commune, rien ne lui était étranger. Son aménité n’était pas du tout feinte. Il savait être sympathique, ouvert aux autres avec beaucoup de générosité.

Courageux moralement à en être téméraire, il pouvait être un redoutable débatteur et ne craignait ni rien ni personne. Il savait se montrer «agréable», «avenant», «sympathique», reconnaît M. Moussa Dolo, ancien directeur de l’Agence des technologies de l’Information et de la Communication (Agetic) ayant côtoyé le défunt au ministère de l’Économie numérique et de la Prospective, qui ajoute : «il savait reconnaître les mérites des gens méritants».

M. Modibo Camara, ancien directeur ayant mis en place le Comité de régulation des télécommunications (CERT), renchérit en s’émerveillant devant sa «vivacité d’esprit» avant d’affirmer «qu’il était brillant et avait, en même temps, un sens élevé du respect».

Plus d’une dizaine d’années comme secrétaire général au ministère en charge de la Communication, il était la mémoire vive du département et le principal inspirateur des différentes journées de réflexion sur la profession ayant contribué au renforcement des acquis amorcés depuis les années 90 pour l’amélioration des textes encadrant les professions de la communication et du journalisme.

Des yeux plissés qui n’ont rien à envier à ceux d’un Asiatique, les cheveux en brosse à la manière des GI (soldats américains), Cheick Oumar Maïga, un esprit intransigeant et malicieux en perpétuelle effervescence, savait faire preuve d’une délicatesse infinie avec ses aînés tandis qu’il affectionnait rudoyer «ses petits», les plus jeunes que lui.

Gilbert pouvait ne pas s’encombrer de fioritures en allant droit au but pour exprimer ce qu’il pensait, souvent d’une voix éraillée, ponctuée de petits gloussements moqueurs voire coquins et taquins.
Les trois enfants qu’il a eus avec sa cousine Lalla, benjamine de feu Mahamane Alassane Haïdara, premier président de l’Assemblée nationale du Mali, ont hérité de leur papa un esprit exceptionnellement brillant.

L’aînée, Néné Satouri, 35 ans, diplômée de l’emblématique HEC (prononcer chaque lettre), École des Hautes Études Commerciales de Paris, dirige Orange, célèbre opérateur de téléphonie, au Botswana. Les deux autres, Abedine Lionel, 28 ans, informaticien, et Fadima Diahira, 25 ans, géographe, ont tous brillamment décroché le bac à 16 ans.

Tirant son prénom Oumar d’une origine sémitique signifiant «palmier», il pourrait lui être appliqué cette appréciation d’un écrivain ivoirien, Assoumou Urbain Kadjo : «Les racines du palmier lui donnent de l'assurance, et il se rit des vents impétueux».
Dors en paix, immortel jeune frère.

Diomansi Bomboté, journaliste

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