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Les économies africaines, conditionnées à produire des matières premières brutes pour les puissances industrielles, semblent avoir du mal à se départir de cette domination. Bien au contraire, la dépendance à l’exportation de ces produits paraît s’accroître progressivement. Une tendance inquiétante à circonscrire, car considérée comme préjudiciable à la transformation structurelle de nos économies, gage d’une émergence sûre et durable.

Il est aujourd’hui établi que la forte dépendance aux produits de base est une conséquence directe des faibles capacités technologiques de nos états. Or environ deux tiers des pays en développement dépendaient des produits de base en 2019. Cela signifie qu’au moins 60% de leurs revenus d’exportation de marchandises provenaient de produits primaires, tels que le cacao, le café, le coton, l’or, le cuivre, le lithium et le pétrole.

Cette dépendance risque de s’accentuer. Dans un scénario de statu quo, le Rapport sur les produits de base et le développement 2021 de la CNUCED estime qu’il faudrait 190 ans au pays moyen dépendant des produits de base pour réduire de moitié la différence entre sa part actuelle de produits de base dans les exportations totales de marchandises et celle du pays moyen non dépendant des produits de base. Publié aujourd’hui, il soutient qu’environ 95% des pays qui dépendaient des produits de base en 1995, le sont restés en 2018.

Pour espérer sortir la tête de l’eau, les pays en développement comme le Mali, dont l’économie dépend essentiellement de l’exportation des matières premières doivent renforcer leurs capacités technologiques pour échapper au piège qui laisse la plupart de leurs populations pauvres et vulnérables. Cela en adoptant une transformation structurelle fondée sur la technologie. En la matière, la transformation de l’Indonésie de la dépendance pétrolière en produits transformés, la diversification de la Malaisie du caoutchouc et de l’huile de palme vers des produits manufacturés, tels que les pneus et les gants médicaux, et la progression du Botswana dans la chaîne de valeur du diamant, sont des exemples récents.

Mais cela prendrait des décennies avant de produire les effets escomptés comme ça été le cas dans ces pays. Une volonté politique forte et une vision à long terme sont, selon le rapport, cruciales pour relever les nombreux défis. Il s’agit notamment d’une abondance de travail manuel avec de faibles niveaux de compétences numériques, une infrastructure informatique limitée, peu de ressources publiques et privées pour financer la recherche et l’innovation, et une protection stricte de la propriété intellectuelle qui constitue un obstacle à la large diffusion du savoir-faire technologique.

Toutefois, le processus de transfert de technologie devrait être adapté aux contextes locaux et pourrait être financé par des fonds spéciaux créés à cet effet.

Cheick M. TRAORÉ

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Cheick Moctar Traoré

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