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Dans ce village, toutes les pratiques ancestrales n’ont pas disparu. Les jeunes perpétuent cette tradition qui, selon les croyances locales, protège contre les sorciers et les esprits maléfiques

Sous le rythme du tam-tam, des créatures masquées se trémoussent tenant dans les deux mains des fines branches d’arbre. Ils font des petits sauts vifs et secouent les tiges. Cet événement se déroule à Faraba, l’un des 25 villages de la Commune rurale du Mandé. Les habitants de cette bourgade, les jeunes, gardent jalousement cette danse de masque dénommée le «Chinto». Les danseurs coiffés de masques en bois sont habillés d’une combinaison en tissu traditionnel aux couleurs ocres. Chacun tient deux longues et fines branches d’arbre débarrassées de leurs feuilles.

Selon les initiés au Chinto, ces fines branches ne doivent pas toucher les gens. «Si ça te touche tu dois donner une chèvre ou un bœuf. C'est une tradition de nos ancêtres et nous continuons à la respecter», estime Modibo Diakité âgé de 35 ans accompagnant les danseurs masqués. Il nous livre quelques informations, mais ne rentre jamais en profondeur car il est interdit de parler aux personnes non initiées lorsqu’il porte le masque et la tenue du Chinto.
Pour ce qui est des vêtements, il indique : «Le tissu traditionnel est régulièrement teinté dans une substance liquide à base d'écorces pour le colorer», puis ajoutant que le masque que portent les danseurs est appelé «Chinto guéré». Ces masques ont la forme de têtes d'animaux sauvages notamment le buffle. Modibo Diakité révèle aussi que les danseurs portent sous leur combinaison des gris-gris de protection. Le Chinto est une danse très effrayante.

À l’en croire, la sortie du Chinto protège le village contre les sorciers et les esprits maléfiques. Modibo Diakité indique, par ailleurs, que cette sortie se fait lors des événements festifs comme les fêtes de Tabaski, de Ramadan et autres grandes cérémonies. Et de poursuivre que la jeunesse est en charge de l'organisation du Chinto. Quand il y a un événement, 4 à 5 personnes déléguées par la jeunesse se rendent dans la forêt pour commencer la partie mystique de la préparation.

Modibo Diakité précise que ces initiés sont les gardiens des masques, des combinaisons et autres parures. Mais il n’en dira pas plus sur leur sanctuaire. Après leur prestation, les hommes ayant pris la forme de ces créatures rejoignent la brousse pour se débarrasser de leur accoutrement et ne retournent au village que la nuit.

N'Goye Mamou Diakité, un quadragénaire, se souvient. «J'ai joué avec ce masque sur plusieurs scènes notamment au Palais de la culture Hampâte Ba de Bamako et à Yorobougoula dans le Cercle de Yanfolila», s’enorgueillit-il. « Le Chinto nous a été légué par­­ nos aînés et nos pères.
À un certain âge, il faut céder la place à la jeune génération», explique-t-il. D’après lui, c’est une fierté de savoir que leur reste le seul à conserver cette pratique de la danse du Chinto. Il argumente que si un spectateur voit son camarade d'âge en train de suivre les danseurs du

Chinto, il est obligatoire pour le spectateur d'applaudir la créature faute de quoi son camarade d'âge le fouette rigoureusement. «Ni la victime ni ses parents n'ont le droit de réagir contre la sanction. Si c'est le cas, ils payeront une amende», poursuit N'Goye Mamou Diakité avant de dire qu'une personne initiée au Chinto ne doit rien révéler des mystères de cette danse ni à sa femme, ni à son camarade d'âge, qui n’a pas été initié, encore moins à ses enfants. Le manquement à ce devoir, avertit notre homme, peut lui valoir le payement d'une chèvre, une poule et des colas.

Cependant, cette pratique traditionnelle n’est pas du goût de tous les jeunes hommes. C’est pourquoi, certaines personnes refusent de le faire, regrette le quadragénaire. Pour le moment, se réjouit-il, il y a des jeunes qui s’intéressent à la pratique et avec eux «on fait beaucoup de prestations notamment à Bamako». Et d’ajouter que les ressortissants de leur village les invitent souvent dans la capitale pour célébrer les mariages.
Le chef du village de Faraba, N'Goye Diakité, quant à lui, explique que le Chinto est également appelé «Toumbo ». Cette tradition, selon le quinquagénaire, est un divertissement phare du village. « Il est impensable d'organiser un événement festif chez nous sans cette danse. Moi-même je l'ai pratiquée quand j'étais jeune. Je ne pense pas que ça disparaîtra un jour», affirme le chef coutumier.
Il faut souligner que la plupart de nos villages ne gardent que les souvenirs de certaines de leurs traditions. Ces pratiques ancestrales se sont volatilisées sans souvent laisser de trace. Il est important de préserver, de protéger et de valoriser ce patrimoine qui est une partie de nos connaissances.

autho

Mohamed D. Diawara

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