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Chez les Sénoufo, on préfère la joie aux pleurs, lors des obsèques. La mort est perçue comme l’évènement le plus important de la vie. Le départ de la dépouille pour le monde des ancêtres donne lieu à des fêtes qui durent quelques jours

« Auparavant, les vieux sénoufo préparaient la mort », explique l’abbé édouard Coulibaly, responsable du volet recherche du Centre culturel sénoufo. D’ethnie sénoufo, il est originaire de Kadiolo (la capitale du Folona). Avant leur décès, certains anciens préparaient leur « Cousaba », autrement dit un grand boubou, le pantalon et le bonnet à porter et des couvertures. Ils les confiaient au fils aîné ou à celui qui s’occupe d’eux. D’autres demandaient même à leurs enfants de creuser leur tombe. Ce, « pour ne pas fatiguer » les gens le jour J. Dès l’annonce du décès, la fête commence. Le corps du défunt est gardé pendant deux jours.

Entre-temps, les joueurs de balafon se mettent à l’œuvre, le même jour. Ils jouent de la musique pour sécher les larmes. Tandis que les chanteurs louent la bravoure et rappellent les bienfaits du défunt, les enfants de ce dernier et leurs amis dansent.


DÉCOMPTE DES COUVERTURES - Pendant ce temps, la fille aînée du défunt commence à compter les couvertures. Chaque être cher du défunt souhaite lui offrir une couverture (fils, filles, épouses, amis, connaissances, etc.). Autrefois, le défunt pouvait se voir offrir près de 70 couvertures au total. Aujourd’hui, ce chiffre est réduit au minimum à 7 couvertures et au maximum à 20.

Après le lot qu’on utilise pour couvrir la dépouille, les fils se partagent le reste des couvertures. Et chaque bénéficiaire doit obligatoirement inviter ses amis lors des grandes funérailles. à en croire l’Abbé Coulibaly, ce nombre pléthorique de couvertures s’explique par une croyance des Sénoufo. Ils se disent que, dans l’au-delà, le défunt partagera avec les autres morts.

Après l’enterrement, il faut attendre 3 à 5 mois pour organiser les grandes funérailles. Chez les Senoufo, cette décision est prise par le chef du lignage. Sans funérailles, le défunt n’accède pas au ciel, pense-t-on. C’est une fête sans aucun signe de deuil. Les funérailles constituent une fête de joie et d'espérance. C’est l’occasion de retrouvailles pour les parents, les habitants du village et les alliés. Tout ceci est accompagné par un orchestre.

Selon l’Abbé édouard, dans sa localité, les funérailles durent toute une semaine. En plus des hôtes, chaque fils et fille du défunt invite ses amis. Les festivités des premiers jours de la semaine des funérailles sont dédiées aux étrangers. Pour le reste, chaque jour est réservé aux invités d’un des fils ou filles de la famille.
Au cours de la semaine, les étrangers et les habitants du village dansent au son du balafon, mangent et boivent. Ils tiennent à contribuer financièrement à l’organisation. Le dernier jour des funérailles, dans l’après-midi, les jeunes du village transportent une natte qui représente le défunt (ce dernier est déjà enterré). En cours de route, les gens qu’ils rencontrent mettent de l’argent sur la natte. Ainsi, ils transportent la représentation du défunt dans la case des morts, appelé « cougba », en langue sénoufo. Vers 16 heures, ils enlèvent tous les objets de la case avant de le faire écrouler. Ainsi, prennent fin les funérailles.

STATUT D’ANCÊTRE- Entre 1991 et 1992, le correspondant régional de l’AMAP à Sikasso, Fousseyni Diabaté, qui a accompagné le gouverneur de la région, Alpha Abdoulaye Sow, aux funérailles du célèbre chanteur sénoufo, feu Lamissa Bengaly, se souvient. Ces funérailles ont été une grande fête. Il y avait du folklore sénoufo et les gens ont dansé. « Des jeunes qui transportaient le défunt faisaient des va-et-vient interminables, au pas de course, dans la foule. Quelques fois, lorsqu’ils revenaient sur leurs pas, ils déposaient le corps du défunt. Les femmes de ce dernier s’agenouillaient autour de lui et murmuraient des paroles. Après, les jeunes continuaient leurs allers-retours, jusqu’à l’heure de l’enterrement », détaille Fousseyni Diabaté.

Fousséni Diamouténé, un Sénoufo ressortissant du village de N’Gorodougou (Commune de Danderesso) raconte les funérailles d’une vieille mère. « La population a passé toute une nuit à manger et à danser au son du Cicaara », se rappelle le sexagénaire, ajoutant que c’est le lendemain qu’ils ont enterré la défunte.
Dans d’autres contrées sénoufo de la région, comme Lofiné, Gnaradougou et Soronto, les populations ont gardé la tradition des festivités des funérailles. Certaines femmes sénoufo, en plus des chants et danses, portent des uniformes.

Selon les précisions de l’ancien directeur adjoint du Musée national, Salia Mallé, dans d’autres communautés sénoufo, lors des funérailles, le « Poro », (société secrète en charge de l'initiation des jeunes), assure le rituel. Les porteurs de « masques-hommes » incarnent des animaux mythiques. Ils sont cagoulés. Personne ne doit et ne peut les reconnaître. Selon un ordre rituel précis, ils apparaissent par catégorie, chacune ayant une mission particulière.

Les masques se produisent dans une ambiance assez terrifiante, car ils sont chargés de chasser les mauvais génies et d'associer les ancêtres courroucés qui doivent accueillir le défunt. D'autres masques forment un cercle en tournant autour de la dépouille. « Chez les Sénoufo, les funérailles ont pour fonction de donner au défunt le statut d’ancêtre », explique Salia Mallé. Malheureusement, ces festivités ont tendance à disparaître chez certains Sénoufo sous les coups de boutoir des religions et de la modernité.

Mariam F. DIABATE
(AMAP)



Les veilleuses de la dépouille
Au cours des funérailles chez les Sénoufo, trois vieilles femmes sont désignées pour veiller sur le corps, avant l’enterrement. Ces trois vénérables mères montent la garde, 24h/24, durant 2 à 3 jours. Elles chassent les mouchent du corps.

En récompense, ces veilleuses se nourrissent de poulet et de riz. Un poulet entier, à chaque repas ! Dans le but de les protéger des mauvaises odeurs du corps. Si le poulet n’est pas entier, les vigiles peuvent se plaindre auprès de la cuisinière. C’est le mari de cette dernière qui est interpellé. Alors, il fait tout pour calmer la situation.

M. F. D.



autho

Mariam F. Diabaté

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