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Nos forêts classées sont menacées par la coupe abusive de bois

À la signature du contrat d’amodiation de ce complexe d’Aires protégées en 2012, il était prévu une action de déguerpissement des populations qui occupent la zone. Malgré un investissement de plus d’un milliard de Fcfa, les travaux sont toujours bloqués à cause du refus des occupants de quitter les lieux

Pourtant, l’adoption de cette approche par le gouvernement, qui consiste à confier la gestion d’une partie du patrimoine forestier de l’État à un particulier, dont le jargon technique est l’amodiation, avait suscité beaucoup d’espoir dans la communauté des défenseurs de l’environnement. Une dizaine d’années après la signature des premiers contrats, la mise en œuvre est au point mort.

Notre pays dispose, à ce jour, de 113 forêts classées pour une superficie totale de 992.241 ha, soit moins de 1% de la superficie du pays. Seules 42 forêts classées possèdent un plan d’aménagement. Parmi elles, 13 sont situées dans la Région de Kayes, trois autour de Bamako, trois dans la Région de Koulikoro et 13 dans celle de Sikasso.

à propos des aires protégées, le Mali a créé une réserve de biosphère, deux parcs nationaux, huit réserves de faune, un sanctuaire, un parc biologique, six zones d’intérêt cynégétique, couvrant une superficie de 3,8 millions d’ha. Ce qui porte le taux de classement en aires protégées, à 4,6% du territoire national soit 5,7 millions d’ha. Ce taux s’élèverait à 6,2% si l’on prenait en compte la zone tampon et la zone périphérique de la réserve de Biosphère du Baoulé.

Ces grandes superficies indiquées, contrastent avec le nombre d’agents du service des Eaux et Forêts, estimé à 854 dont 159 ingénieurs, 277 techniciens, 344 assistants techniques et 74 gardes forestiers.

Pourtant, les menaces qui pèsent sur la diversité biologique au Mali sont multisectorielles. Le système d’agriculture itinérante avec des cultures sur brûlis (champs défrichés par le feu et cultivés pendant une période brève) pratiquées dans plusieurs régions du pays, constitue l’un des principaux facteurs de destruction de l’habitat de la faune.

L’avènement de la culture du coton a entraîné des défrichements de surface de plus en plus importante. Aux feux de brousse, s’ajoutent le surpâturage, l’occupation illicite pour l’orpaillage, la coupe abusive et anarchique du bois pour les besoins d’énergie (90% de la population malienne), les permis de recherche minière et d’extraction.

AUCUN PROGRÈS- Pour inverser la courbe en s’appuyant sur le partenariat public-privé, le gouvernement, à travers la direction nationale des Eaux et Forêts (DNEF), a signé en 2012, un contrat d’amodiation et de gestion du Complexe d’aires protégées du Mandé Wula et Néma Wula (MWNW), située dans le Massif du Fouta Djallon, au sud-ouest du pays, avec l’ONG Synergie environnement. Près de dix ans après, aucun progrès n’a été enregistré dans la mise en œuvre du Plan d’aménagement et de gestion validé en 2015, regrette le président/fondateur de Synergie environnement, Christophe Pollot. Le contrat d’amodiation et de gestion du complexe porte sur une durée de 20 ans renouvelables

Pour se rendre à l’évidence, c’est dans cette région du Sud-ouest du pays, aux confins des frontières guinéenne et sénégalaise, que notre équipe de reportage s’est transportée, du 18 au 21 août dernier.

Aujourd’hui, les textes sur la décentralisation permettent une participation active des communautés locales dans la gestion des ressources naturelles. La protection de l’environnement fait partie des domaines de compétence des collectivités territoriales. à cet effet, celles-ci disposent de l’entière responsabilité de la gestion, de l’aménagement, de la conservation et de la sauvegarde de l’équilibre de leur domaine (article 11 du Code des collectivités territoriales). Ce domaine de compétence transféré, était au centre de nos échanges avec le Conseil municipal de la Commune urbaine de Kita, à l’hôtel de ville qui abrite son bureau.

Soriba Cissé est le premier adjoint au maire de la Capitale de l’arachide. L’édile, entouré de ses principaux conseillers, Mamadou Cissé, chargé des questions d’environnement, Yacouba Keïta et Djibril Touré, sont unanimes. « Aujourd’hui, au rythme où nous allons, l’État doit tenir des assises sur les forêts », estiment-ils, pour sauver ce qui peut encore l’être.

Le septuagénaire qui préside aux destinées de la collectivité de Kita se dit pessimiste, au regard du nombre impressionnant de camions chargés de bois et de charbon de bois qui traversent tous les jours sa ville, en direction de Bamako et autres grands centres urbains du pays, pour les besoins en énergie domestique des ménages, mais aussi, de plusieurs industries dont la source d’énergie est le bois.

ÉLUS ET FORESTIERS S’ACCUSENT- Les autorités communales de Kita jurent qu’elles ne sont pas impliquées dans la gestion des forêts de leur circonscription. De surcroît, la plupart des forêts qui existent dans la région, ne relèvent pas de la Commune urbaine de Kita, mais des collectivités rurales.

C’est pourquoi, relève le maire Cissé, « nous n’avons aucun pouvoir de contrôle sur ce qui se passe dans ces massifs forestiers ». Autres difficultés soulignées par le chef de l’autorité municipale, c’est le manque de transparence dans la collaboration avec les services des Eaux et Forêts sur place. Ce qu’il reconnaîtra plus tard, comme un manque d’informations sur les activités de ce service clé de l’État dans la préservation de nos forêts.

Selon le chef de cantonnement adjoint de la Région de Kita, le lieutenant Abdoulaye Traoré, qui a répondu aux allégations du maire de Kita, le service forestier avec un effectif en dessous de la moyenne requise, des moyens logistiques et financiers limités, continue avec dévouement, d’entreprendre des missions de sensibilisation, mais aussi de contrôle de l’exploitation des ressources forestières et fauniques.

Des initiatives de reboisement sont également prises par tous les acteurs (état, société civile, collectivités et particulier) pour restaurer certains espaces dégradés, renchérit le forestier. « Nous accompagnons la mairie dans toutes ses démarches concernant la gestion des forêts et des espaces verts dans la commune », ajoute le responsable du cantonnement forestier.

Toute la difficulté dans la gestion du patrimoine forestier, réside dans les comportements des populations riveraines des forêts et de certains élus municipaux, confie le chef de cantonnement adjoint de Kita. Ces derniers, selon lui, manipulent les populations rurales contre le service des Eaux et Forêts à des fins politiques. Ce qui rend la mission impossible aux soldats de l’environnement.

Dans la même veine, le chef de poste forestier de la Commune rurale de Sagabari, qui abrite le Complexe des aires protégées MWNW, indique que ce sont les populations riveraines qui hébergent les exploitants illégaux et monnaient les ressources forestières. « Depuis que l’État a impliqué les collectivités et les populations rurales dans la gestion des forêts, ces dernières en ont fait une source de revenus, sans suivre la moindre règle d’exploitation édictée par l’État », dénonce Moussa Keïta.

Aujourd’hui, il faut que l’État prenne ses responsabilités et procède au déguerpissement des villages et hameaux qui occupent illégalement le complexe Mandé Wula-Néma Wula, comme le prévoit le contrat d’amodiation. Sinon, ce sont des milliards de Fcfa d’investissements prévus sur dix ans qui seront perdus.

Cheick Amadou DIA

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