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J’ai appris ce jour la disparition de l’ambassadeur Diarra, emporté par la Covid-19 – et arraché à l’affection des siens. Je souhaite évoquer sa vie et son parcours, pour parler de la mémoire d’un Sahélien d’exception.

Il débuta son cursus scolaire dans deux des plus grandes villes d’histoire et de culture du Sahel. Fils de la Cité des Askia, il étudia à Gao puis au lycée franco-arabe de Tombouctou et à l’école nationale d’administration de Bamako (section sciences juridiques) où il fut major de sa promotion en 1974. Il approfondit sa formation par un stage à l’école nationale de magistrature (Paris) puis un DEA en droit pénal et sciences criminelles et un doctorat en droit (Université de Poitiers).

Puis, rentré au Mali, il entama une carrière toute entière placée au bénéfice de l’intérêt général. Dès 1976, il fut à la fois homme de théorie (enseignant droit pénal, droit civil et criminologie à l’ENA) et de pratique (en tant que magistrat).

Ainsi, Boubacar Gaoussou Diarra fut tour à tour substitut du procureur de la République, juge de paix à compétence étendue, procureur de la République, avocat général près de la Cour spéciale de sûreté de l’état, directeur national des Affaires judiciaires et du Sceau et enfin directeur de cabinet au ministère de la Justice.

Ministre de la Fonction publique et du Travail puis ministre de la Justice, garde des Sceaux et secrétaire général de la Présidence, il donna un tour politique à sa carrière – tout en continuant à servir le Mali et ses citoyens.

En 2006, débuta la seconde partie de sa carrière, résolument diplomatique, lorsqu’il gagna Alger pour diriger le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (CAERT). Mis en place en 1984 par l’Organisation de l’unité africaine et placé sous la tutelle de son Conseil de paix et de sécurité, cette institution est un précieux outil de coopération panafricaine.

Nommé ambassadeur du Mali en Tunisie, Boubacar Gaoussou Diarra devint Représentant de l’Union africaine en Somalie et chef de la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) où il supervisa 22.000 soldats (principalement) issus du Burundi, de Djibouti, d’Éthiopie, du Kenya, d’Ouganda et de Sierra Leone.

Devenu envoyé spécial de la présidente de la Commission de l’UA pour la région des Grands Lacs, et chef du Bureau de l’UA à Bujumbura (Burundi), il travailla avec les états membres de la région et le Secrétariat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs pour mettre en œuvre son Pacte sur la Sécurité, la Stabilité et le Développement.

De retour au Mali, à partir de 2019, Boubacar Gaoussou Diarra mit ses talents au service du Sahel en tant que secrétaire permanent du Cadre politique de gestion de la crise du Centre, institution rattachée à la Primature et coordonnant l’action publique et international en faveur de la stabilisation des régions de Ségou et de Mopti.

Cette initiative postérieure au Plan de sécurisation intégré des régions du Centre (PSIRC) élargit le périmètre d’intervention des pouvoirs publics. Dotée d’une vision à dimension internationale, sa stratégie est lucide :«au plan régional, le principal enjeu est la contribution du Mali à la stabilisation de la zone sahélo-saharienne». C’est la raison pour laquelle le G5 Sahel est membre de son comité politique et nous sommes convaincus que «sécurité de proximité» et «prospérité partagée» invitent à refonder la gouvernance locale.

Le décès subit de l’ambassadeur Diarra nous peine. Je présente mes sincères condoléances à sa famille, ses proches, ses collaborateurs et à tous les Maliens. Le Sahel a perdu un grand homme-de droit et d’action. Magistrat puis diplomate, homme de conviction et de négociations, il contribua à rendre notre continent plus sûr-et nous l’en remercions. «C’est à Dieu que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournons» (Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun).

Maman S. SIDIKOU
Secrétaire exécutif G5 Sahel

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