single

La divulgation d’une nouvelle photo en mai 2020, par Thierno Saidou Nourou Tall, petit fils de El Hadj Omar Tall, plus d’un siècle après les évènements de Déguembéré, vient remettre en cause littéralement l’iconographie qui a toujours circulé, celle de l’image d’un vieillard tenant un sceptre. Pour Thierno Seydou Nourou Tall, ce vieillard n’est pas son aieul, mais un disciple et un ami de la famille du nom de Samba Ndiaye.

Alors pourquoi et comment cette « image fausse » a-t-elle pu faire le tour du monde, dans les manuels d’histoire et les fresques ? Pourquoi la famille El Hadj Omar Tall a-t-elle attendu tout ce temps pour remettre les choses à l’endroit ?
Assurément, la polémique n’est pas à son terme. Cette nouvelle photo représente-t-elle réellement le portrait d’El Hadj Omar ? L’intérêt réside en ce que maintenant, il est établi que El Hadj Omar continue à susciter une production et une diffusion de savoir au sein de la famille. Sa biographie reste donc à compléter. Dans « L’Essor » du 20 août 2021, nous avons fait référence à cette photo qui a été diversement interprétée ici ; ce qui n’est pas surprenant.

Jean-Louis Sagot Duvauroux (philosophe et dramaturge français bien connu au Mali ) a mis l’article sur sa page électronique. Il a reçu une importante contribution de la part de Xavier Ricou, un architecte sénégalais, qui a longtemps travaillé sur la sauvegarde et la restauration du patrimoine historique de son pays. Il a animé « sénégalmétis », un site internet dédié à sa passion qui est l’art, l’histoire du Sénégal et la généalogie des mulâtres, ses ancêtres.
Nous publions son texte qui remet en cause des évidences sans encore répondre à la question véritable de l’identité réelle de Cheik Omar Tall.


Encore une photo polémique
Bien que l’on m’ait pressé de donner mon avis, le présent sujet n’a pas pour but d’entrer dans la polémique en cours sur la photo du personnage de gauche présenté comme étant El Hadj Oumar Foutiyou Tall, mais de vous donner quelques clés techniques pour en déchiffrer l’analyse et faire comprendre en quoi il est difficile de s’y retrouver dans les photos glanées sur le net, tant circulent des mentions contradictoires ou erronées et sans disposer des originaux.

Un examen sommaire permet pourtant, au premier coup d’œil, de dater cette photo du début du XXe siècle (dans une fourchette située approximativement entre 1910 et 1920). En outre, la trame d’impression du document, qui apparaît sur ces reproductions de meilleure qualité, laisse penser qu’il est extrait d’une revue ou d’un ouvrage publié qui reste à identifier. Il est techniquement impossible que cette photo ait pu être prise dans les années 1840-1860, comme il est parfois avancé, car à cette époque les photos étaient des daguerréotypes qui nécessitaient des temps de pause interminables. Je vous invite d’ailleurs à regarder sur Google à quoi ressemblaient les daguerréotypes.

La deuxième photo représente le Kalife El Hadji Amadou Sakhir Ndieguene, dit Mame Aladji Boroom Piliyane bi (en référence à sa chaise pliante). Vous noterez la troublante ressemblance entre ces deux personnages. Par ailleurs, ce dernier étant né vers 1890, il serait donc « cohérent » avec un personnage d’une trentaine d’années photographié vers 1920 à l’occasion d’un voyage à la Mecque.

Le 3e document, qui est un dessin, est le plus problématique. Il semble manifestement avoir été produit à partir de la première photo, mais rien ne le prouve. S’il était antérieur à la photo, il pourrait effectivement représenter El Hadj Oumar Tall. En revanche, penser que la photo a pu être réalisée à partir du dessin relève du fantasme. De ce qui précède, on peut raisonnablement déduire que ces trois images représentent possiblement (sans réel doute pour ma part et jusqu’à preuve du contraire) le même personnage. Bien sûr, que cette conclusion d’ordre technique ne vous empêche pas de penser autrement si votre foi le dicte.

Les attributions de photos erronées
Le sujet tombe à pic pour nous donner l’occasion de revenir sur les problèmes d’identification de certains personnages célèbres sur les photos qui circulent sur le net. Vouloir à tout prix mettre un visage sur un nom connu est un penchant bien naturel et il est arrivé à cette page de tomber elle-même dans ce travers. Voici parmi d’autres, quatre exemples d’attributions erronées, désormais tellement diffusées que tout retour en arrière est devenu problématique. Commençons par l’individu de la première photo.

Il s’agit d’El Hadj Amadou Sakhir Ndieguene, dont nous avons parlé (…) , mais ce portrait est le plus souvent présenté par erreur comme étant celui d’Usman Dan Fodio du Nigéria (pourtant décédé en 1817, à l’époque où la photo venait à peine d’être inventée) ou encore comme le Serigne Mbaye Diakhaté, disciple du Cheikh Ahmadou Bamba.

La photo suivante, fréquemment attribuée par erreur à El Hadj Omar Tall, a été prise au Mali par Michel Huet, fondateur de l’agence Hoa-Qui et publiée en 1951 dans la revue Tropiques. La troisième photo est généralement attribuée à Sidya Léon Diop, mais nous avons montré, ici-même, que ce n’était certainement pas lui. L’identité véritable de ce personnage est toujours recherchée et un candidat principal est encore en lice. Enfin, la quatrième photo ne représente pas l’héroïne Aline Sitoé Diatta mais une inconnue photographiée par Fortier au début du XXe siècle (donc avant sa naissance en 1920). La totalité des portraits qui lui sont attribués sont d’ailleurs très douteux.

Une vraie photo d’El Hadj Omar Tall ?
La vie héroïque d’El Hadj Omar Tall (Umar Foutiyou Tall) est bien connue. Pourtant les portraits de lui sont rarissimes, et c’est bien normal, car il est décédé en 1864 à une époque où la photo n’était pas encore très répandue, qui plus est dans les falaises reculées de Bandiagara où il s’était réfugié. Les rares portraits de lui qui circulent sur Internet sont douteux (trop récents ou montrant son fils) voire tellement retouchés qu’il est difficile de se faire une opinion.

Une nouvelle image vient d’apparaître sur le net, présentée comme « la vraie photo de Cheikh Oumar Tall vers les années 1870 retrouvée dans les archives françaises », qui le montreraient en train de dispenser l’école coranique. Sa qualité était trop médiocre pour trancher définitivement mais une petite recherche en image inversée sur Google permet de démontrer qu’il s’agit en fait d’une carte postale des années 1950 de l’éditeur Gil… Effectivement, c’est décevant !

On le voit, il se peut que la photo de Cheick Omar demeure une énigme. Ce qui peut se comprendre, car « pendant son soleil » la photo n’était pas encore courante en Afrique. D’autres grands hommes, comme Tiéba et Bamemba, Samori et Chérif Hamahoulah ont des portraits réalisés par l’armée coloniale.

autho

Dr Ibrahim Maïga

ARTICLES CONNEXES

VOIR TOUT

TWITTER