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Chers frères et sœurs du football malien,
Chers frères et sœurs du mouvement sportif national,

Je reviens une nouvelle fois m’adresser aux acteurs du football malien après ma lettre de novembre 2017. La brillante participation de notre sélection nationale au Championnat d’Afrique des nations (CHAN) au Cameroun, avec à la clé une médaille d’argent et un football apprécié du monde entier m’incite à la réflexion. Le Mali du football a brillé, non pas par la qualité de la gouvernance du football, non pas par la cohésion au sein de la famille du football, non pas par la qualité des compétitions nationales et leur régularité, mais par le courage et la volonté des joueurs et de leur encadrement. Ils ont puisé dans leurs réserves d’énergie et d’abnégation pour arriver à ce résultat.

Bien évidemment le politique a été d’un apport remarquable à travers l’engagement des plus hautes autorités et du ministre de la Jeunesse et des Sports. Si la gouvernance du football, la cohésion au sein de la famille du football, la qualité ou la régularité des compétitions devaient être les clés de la réussite d’un tournoi pour d’aucuns, convenons que nous n’allions pas y arriver. Parce que disons-nous les choses : le comité exécutif actuel de la Fédération malienne de football (Femafoot) continue d’être boudé (à tort ou à raison ?) par une frange des acteurs, et que les compétitions ont été organisées en dents de scie.

L’inefficacité de l’attaque malienne au CHAN peut trouver son explication à travers les compétitions peu régulières (championnat boudé par une partie des clubs, coupe du Mali annulée à cause de la pandémie de la Covid-19). Sûrement que si tous les clubs avaient mené le championnat à bout, et que cette compétition s’était déroulée à temps pour la saison en cours, l’encadrement technique aurait pu mieux puiser dans la réserve nationale de joueurs et tomber sur des attaquants plus vifs et avec plus de rythme pour achever le travail énorme de la défense et du milieu de terrain au CHAN.

Qu’à cela ne tienne, la prestation des nôtres au Cameroun a démontré que le Mali est un pays de football, de talents qui peuvent éclore même en temps de crise, même sans championnat, tel est le cas depuis presque cinq mois. D’ailleurs, les deux trophées de la CAN U17, celui de la CAN U20, les participations aux mondiaux de ces catégories, la belle participation de la sélection nationale senior à la CAN 2019 en égypte, la rapide qualification de cette équipe avant terme à la prochaine CAN sont autant d’éléments qui dénotent du potentiel réel du Mali, dans la lignée des cuvées pionnières de 1965 et 1972 en sélections et des clubs finalistes de coupes africaines en 1965 et 1966.


Si nous n’étions pas en crise, nous aurions eu plus de temps et d’énergie pour construire nos victoires et nos consécrations suprêmes. à coup sûr ! Donnons-nous la main, mettons nos divergences de côté pour offrir la chance aux jeunes sportifs et footballeurs maliens de porter haut le flambeau et nous amener au firmament. Que vaut la lutte d’un dirigeant de sport que de semer les graines, de voir pousser les plants et de cueillir les fruits ? Ces fruits, ce sont les champions que nous promouvons par chaque centime que nous investissons dans ce milieu encore amateur où nous prenons de notre salaire, de notre dépense quotidienne pour donner la chance à d’autres.


CRISE AMBIANTE-
Dans une précédente lettre aux mêmes acteurs du football en novembre 2017, nous écrivions à la fin : «Si nous perdons la seule chance de jouer au football dans ce pays, nous aurons compromis l’avenir non pas des enfants, mais de notre pays. Pour tout ce qui nous reste encore. Comprendra qui voudra». Nous ne revenons pas pour écrire ces mots parce que nous avons perdu la chance de jouer au football, mais parce que nous continuons de menacer cette chance, de la compromettre et par devers elle, l’avenir de nos sportifs, de nos footballeurs.

Le 29 août 2019, à la suite de l’Assemblée générale de la Femafoot, un nouveau Comité exécutif a été mis en place. Nous avions présenté une liste de candidature avec nos moyens en sachant clairement les enjeux, sans la moindre illusion que nous allions trouver un morceau de bois auquel nous accrocher dans cette mer du football malien, fendue en deux, non pas par un prophète providentiel, mais par une crise qui ne finit pas de semer la haine, la misère et la désolation dans un espace promis à tout le contraire, depuis 2015. Après cette assemblée, l’on pensait la crise se refermer, les frères se retrouver, le football se remettre à jouer et promettre un avenir radieux à ses milliers de pratiquants au Mali, de Diboli à Labezanga, d’Araouane à Zégoua, de Tinzaouatène à Koporopen.

Mais que non, la crise est ambiante et les preuves sont là : un championnat terminé avec boycott de certains participants, une assemblée extraordinaire prévue le 26 janvier 2020 reportée sur instruction de la FIFA, un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour invalider le championnat et l’AG reportée, une nouvelle AG prévue le 27 décembre 2020 reportée sur instruction du TAS. à croire que nous ne sommes jamais sortis de la crise que l’élection d’un nouveau Comité exécutif devait enterrer. Nous n’allons pas faire la fine bouche car nous sommes du milieu, nous sommes acteurs et observateurs et c’est patent : les mêmes deux camps rivaux se regardent en chiens de faïence. Jusqu’à quand ?

Il y a une guerre de quorum en sourdine, et chaque camp affûte ses armes pour bondir sur l’autre à la prochaine AG. Cette défiance mutuelle perdra tous ces acteurs, sans distinction de camp, et vous et nous avec, si nous continuons à regarder sans lever le petit doigt, d’impuissants à impavides, de neutres à désintéressés, en somme, indifférents ! L’AG du 29 août 2019 n’a ni calmé les ardeurs, ni ramené la cohésion, encore moins remettre les acteurs ensemble sur les chantiers de la (re)construction de notre football. Siéger au Comité exécutif de la Femafoot ne saurait être l’ambition d’une vie d’un président de club, de ligue, encore moins de district. Ce ne peut être une fin en soi, mais une consécration qui doit couronner les efforts inlassables fournis dans la construction à la base.

Un président de club ne peut avoir d’ambition légitime que de mettre des joueurs et des techniciens ensemble pour remporter des trophées, construire ou contribuer à la carrière de ces derniers pour leur épanouissement et donc celui du club. Construire un siège, des terrains, avoir les meilleurs formateurs pour avoir les meilleurs joueurs, signer les meilleurs joueurs ou vendre les meilleurs à d’autres. Quel noble travail pour un président de ligue que d’organiser des compétitions pour ses clubs régionaux membres afin d’être la meilleure au niveau national ? Leur trouver des partenaires et leur créer des espaces d’épanouissement pour être parmi les meilleurs. Il en est de même au niveau district.

Aujourd’hui si nos clubs traditionnels, ceux qu’on appelle les clubs nationaux, ne prennent garde, les centres de formation vont les supplanter et les pousser à la porte, voire les faire disparaître. Seuls des dirigeants ambitieux et visionnaires peuvent comprendre ces enjeux.
Aujourd’hui, il faut se battre et pousser les responsables fédéraux à hisser nos instances au niveau des pratiques internationales, c’est-à-dire mettre simplement en œuvre les nouveaux statuts issus de l’AG du 15 juin 2019 au stade du 26 Mars et de leurs règlements adoptés le 13 juillet suivant.

Ces textes approuvés, fort heureusement de tous les acteurs, jettent les bases du professionnalisme avec la création de la ligue professionnelle et de la ligue de football féminin. Ils encadrent l’évolution des footballs amateur et professionnel côte à côte. C’est cela que devrait être le combat primordial des dirigeants de notre football dans leur ensemble. C’est à ce prix que le football malien se relèvera par la vision et la grandeur des hommes et femmes qui œuvrent à le porter de l’avant, ceux que nous appelons dirigeants. Le dirigeant moderne n’est pas le responsable de fédération, mais le président de club et de ligue qui travaille à trouver tous les jours les meilleures idées de développement d’une infrastructure ou d’une compétition. Nous en avons au Mali le potentiel, à la base, dans nos clubs de D3, D2, de districts.


ARRÊTER LA SAIGNÉE ET LE GÂCHIS EN NOUS-MÊMES
-C’est pourquoi nous en appelons, ici, à la conscience élevée des dirigeants du football malien dans leur ensemble, toutes sensibilités confondues, à faire violence sur eux-mêmes, pour simplement mettre la balle à terre, laisser se faire ce qui est faisable, s’entendre sur la faisabilité de ce qui est difficile. Notre football, l’avenir de nos jeunes footballeurs ne sauraient être pris en otage par des copains de quartier d’hier en délicatesse, par des collaborateurs d’hier en froid, par des partenaires d’hier en querelle, par des candidats malheureux d’hier et des élus mal aimés d’aujourd’hui.

Notre football ne saurait être pris en otage par une guerre de générations. Nous allons à présent utiliser la première personne du singulier pour appeler à la paix. J’en appelle à la conscience élevée de nos dirigeants dont chacun peut aujourd’hui se taper la poitrine d’avoir posé une pierre un jour dans la construction du football malien, dans un club ou une ligue, au Comité exécutif ou dans une commission fédérale de travail.

Je lance un appel fraternel, concitoyen et sportif entre autres, aux frères, aînés amis suivants : Mamoutou Touré, Moussa Konaté, Salif Keïta, Boukary Sidibé «Kolon», Kassoum Coulibaly «Yambox», Salaha Baby, Sékouba Keïta, Tidiani Niambélé, Banou Makadji, Mamadou Dipa Fané, Sidi Békaye Magassa, Modibo Coulibaly, Hassane Cissé, Me Bassalifou Sylla, Me Boubacar Karamoko Coulibaly, Yéli Sissoko, Sékou Maciré Sylla, Mpa Sylla etc. Ils constituent la crème du leadership actuel de notre football.

Je pourrai citer à foison des acteurs de premier plan dans la gestion de nos clubs, de nos instances et dont chacun est peut-être un formidable ambassadeur pour ramener la paix et la cohésion au sein de la famille du football. Nous devons tous penser à notre héritage. Si pour les joueurs l’héritage, c’est le nombre de buts marqués, de matches joués, de compétitions remportées, pour un dirigeant, c’est la grandeur du projet apporté à la structure, le nombre de joueurs, de techniciens, de supporters que ce projet a épanouis moralement ou matériellement.

Nous sommes un grand pays d’histoire et de civilisations, engageons-nous à mettre le sport et donc le football au service de la paix et de la cohésion nationale. Nous sommes un pays de champions, tâchons de porter ces champions plus haut. Ensemble travaillons à instaurer le professionnalisme au Mali; ensemble travaillons à remporter une CAN senior; ensemble travaillons à remporter une CAN féminine; ensemble travaillons à remporter une Ligue des champions d’Afrique et d’autres coupes de la confédération; ensemble travaillons à faire participer le Mali à une Coupe du monde senior; ensemble travaillons à faire organiser par notre pays une troisième CAN, après 1995 et 2002; ensemble faisons briller nos cadres dans les instances internationales du football ! Si nous n’œuvrons pas chacun pour ces objectifs en tant que dirigeants passionnés et investis pour notre football, autant aller prêcher ailleurs que dans le football malien. Remplaçons la chimère par le jeu, le commérage par la compétition, la rivalité par la collaboration, la haine par l’amour.
Chers dirigeants du football malien, soyons des semeurs de champions ! Aidons le football à unir les Maliens. Les Aigles du CHAN nous ont une fois de plus montré le chemin. Suivons leur voie, écoutons leur voix, ou disparaissons !
Bamako, le 08 février 2021

Alassane
SOULEYMANE
Vice-président du Centre Sohoye Touré (CST) de Gao,
Ancien candidat à la présidence de la
FEMAFOOT,
Ancien membre du Comité exécutif de la FEMAOOT

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