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Dr Garan Dabo

La maladie à virus Marburg (MVM), autrefois appelée fièvre hémorragique à virus Marburg, est souvent mortelle chez l’être humain. Le virus Marburg est l’agent causal de cette maladie, dont le taux de létalité (mortalité) peut atteindre 88 %, même si une bonne prise en charge des patients permet de fortement baisser ce taux.

Dr Garan Dabo,infectiologue et chef du centre de prise en charge Covid-19 à l’Hôpital du Mali, déclare que la maladie à virus Marburg a été détectée pour la première fois en 1967, lors de flambées survenues simultanément à Marburg et à Francfort (Allemagne), ainsi qu’à Belgrade (Serbie). Elles étaient liées à des travaux de laboratoire sur des singes verts africains (Cercopithecus aethiops) importés d’Ouganda.

Le spécialiste indique que la transmission est avant tout interhumaine et résulte de contacts directs (par une éraflure ou à travers les muqueuses) avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques de personnes infectées ou avec des surfaces et matériaux (par exemple draps ou vêtements) contaminés par ces liquides.

Il précise qu’àl’origine, l’infection chez l’homme résulte d’une exposition prolongée dans des mines ou des grottes abritant des colonies de roussettes. Et d’ajouter qu’il est arrivé fréquemment que des agents de santé soient infectés en s’occupant de cas suspects ou confirmés de la maladie. Ces infections, dit-il, ont eu lieu lors de contacts rapprochés avec les patients sans appliquer correctement les précautions de lutte anti-infectieuse.

La transmission par du matériel d’injection contaminé ou par des piqûres accidentelles s’accompagne d’une forme plus grave de la maladie, d’une dégradation rapide de l’état physique et éventuellement d’une mortalité plus élevée. Les cérémonies d’inhumation au cours desquelles, il y a un contact direct avec le corps du défunt peuvent aussi contribuer à propager la maladie à virus Marburg. Les personnes infectées restent contagieuses tant que le virus est présent dans leur sang.

Selon le toubib, la maladie s’installe brutalement avec une fièvre élevée, de fortes céphalées et un malaise grave. Les myalgies et les douleurs sont des manifestations courantes. Une diarrhée aqueuse profuse, des douleurs et des crampes abdominales, des nausées et des vomissements peuvent apparaître au troisième jour. La diarrhée peut persister une semaine.

«On décrit souvent les patients à ce stade comme ayant l’aspect de fantôme avec des yeux profondément enfoncés, un visage inexpressif et une léthargie extrême», révèle le praticien. La période d’incubation (le délai entre l’infection et l’apparition des symptômes) va de 2 à 21 jours.

Les manifestations hémorragiques sévères apparaissent entre le cinquième et le septième jour et les cas mortels présentent en général des hémorragies sous une forme ou une autre avec le plus souvent de multiples localisations. L’observation de sang frais dans les vomissures ou les selles s’accompagne souvent de saignements du nez, des gencives et du vagin.

Les saignements spontanés aux points de ponction veineuse (pour administrer des liquides ou prélever des échantillons sanguins) peuvent être particulièrement problématiques. Pendant la phase intense de la maladie, on observe une forte fièvre. L’atteinte du système nerveux central peut entraîner des états confusionnels, de l’irritabilité et de l’agressivité. L’orchite (inflammation d’un ou des deux testicules) a parfois été rapportée au stade tardif de la maladie (15 jours). Dans les cas mortels, le décès intervient 8 à 9 jours après l’apparition des symptômes et il est en général précédé d’une perte de sang abondante et d’un choc.

Pour le diagnostic, il peut être difficile, sur la base des symptômes cliniques, de distinguer la maladie à virus Marburg d’autres pathologies comme le paludisme, la fièvre typhoïde, la shigellose, le choléra et autres fièvres virales hémorragiques. Mais on peut confirmer à l’aide des méthodes diagnostiques comme le titrage immunoenzymatique (ELISA), le test d’immunocapture des antigènes, le test de séroneutralisation, PCR avec transcriptase inverse (RT-PCR), la microscopie électronique ou l’isolement du virus sur culture cellulaire.

Actuellement il n’existe pas de vaccin ni de traitement antirétroviral approuvé contre cette maladie. Mais des soins de soutienréhydratation par voie orale ou intraveineuse et le traitement de certains symptômes spécifiques améliorent la survie des patients.

Dr Dabo révèle que des anticorps monoclonaux sont en cours de développement et des antirétroviraux comme le Remdesivir et le Favipiravir qui ont été utilisés dans le cadre d’études cliniques sur la maladie à virus Ebola. Il estime ceux-ci pourraient également être testés pour la maladie à virus Marburg ou faire l’objet d’un usage compassionnel ou d’un accès élargi.

Pour la prévention, le spécialiste préconise une série d’interventions. Il s’agit de la prise en charge des cas, la surveillance et la recherche des contacts. Il faut aussi avoir des laboratoires efficaces, faire des inhumations sans risque. Et d’ajouter que la participation des communautés est essentielle pour juguler les flambées épidémiques. Pour lui, sensibiliser sur les facteurs de risque d’infection par le virus Marburg peut être efficace pour réduire la transmission humaine.

Fatoumata NAPHO

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Fatoumata Napho

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