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Umaro Sissoco Embalo a séjourné dans notre pays du 25 au 27 juin dernier.
Occasion de marquer son soutien au Mali et de faire le point de la coopération bilatérale et de la situation sécuritaire au Sahel

Le général Umaro Sissoco Embalo, président de la Guinée-Bissau, a regagné son pays hier, après une visite d’amitié et de travail de quarante-huit heures au Mali. Saluée par les autorités de la Transition et scrutée dans les chancelleries, cette visite, la première du genre depuis l’accession du colonel Assimi Goïta au pouvoir, a eu lieu alors que le Mali est suspendu par plusieurs organisations régionales et sous-régionales. Ce déplacement du dirigeant bissau-guinéen était placé sous le signe de la solidarité à l’endroit d’un peuple éprouvé.

Entre le Mali et la Guinée-Bissau, c’est une nouvelle page de coopération qui s’ouvre. Les contours de cette coopération ont été esquissés à la faveur de la séance de travail qu’ont eu, samedi au Palais de Koulouba, les deux parties. Les questions économiques y ont été abordées, ainsi que les avancées du processus de Transition et la situation sécuritaire au Sahel.

INSTRUCTIONS CLAIRES- Au-delà de la pertinence des actions envisagées, c’est le timing choisi par le président bissau-guinéen pour effectuer cette visite d’amitié et de travail qui a retenu l’attention. Plus d’un observateur estime qu’il a assumé ainsi et clairement, si besoin en était encore, son choix d’accompagner le colonel Assimi Goïta pour une transition réussie. Se faisant, le général Umaro Sissoco Embalo ne donne pas non plus l’impression de défier les autres dirigeants ouest-africains.

Avant d’effectuer le voyage de Bamako, il avait tenu à échanger avec le président en exercice de la Cedeao qui l’a «chargé de transmettre au président de la Transition, les préoccupations de l’organisation sous-régionale». «Tout le monde souhaite que la feuille de route et le calendrier soient respectés, et qu’on puisse trouver une voie de stabilité et de développement pour le Mali», a déclaré le président Embalo au cours d’un entretien qu’il a accordé à la presse, au terme de la séance de travail.

Les avancées du processus de transition ont donc été largement évoquées lors des échanges. Interrogé par la presse, le président de la Transition a cité des bons points comme la mise place d’un gouvernement inclusif, dirigé par un Premier ministre civil. Le colonel Assimi Goïta entend honorer également l’engagement de tenir les élections aux échéances prévues.

Des instructions claires ont été données dans ce sens au Premier ministre, a-t-il rassuré.
Ces avancées ont été appréciées à leur juste valeur par le président bissau-guinéen qui a une lecture réaliste et pragmatique de la situation. Et pour aider nos autorités, il a partagé avec elles l’expérience de la Guinée-Bissau, une ancienne colonie portugaise à l’histoire politique mouvementée, mais qui est en train, aujourd’hui, de retrouver la voie de la stabilité. «Aujourd’hui, on a retrouvé le chemin», s’est-il réjoui.

Outre l’expérience politique, le général Umaro Sissoco Embalo dispose d’un grand réseau à l’international pour avoir été le représentant de la Libyan African Investment Company (Laico), un fonds d’investissement libyen en Afrique de l’Ouest. Un atout qu’il pourrait exploiter, au besoin, pour appuyer les efforts de nos autorités.
L’ambition affichée de part et d’autre est de redynamiser les accords de coopération bilatérale, en les actualisant.

Un accord a été signé depuis 1983, mais il peine à entrer en vigueur. «Cela est inacceptable», a estimé l’hôte de marque, soulignant les potentialités. Il faisait allusion notamment à la présence de «beaucoup d’hommes d’affaires maliens en Guinée-Bissau». Et au colonel Assimi Goïta de renchérir : «Nos deux pays disposent de beaucoup d’opportunités pour une coopération dynamique au profit de nos peuples». Les deux chefs d’État ont alors instruit les ministres en charge des Affaires étrangères d’identifier les voies et moyens susceptibles booster la coopération sur le plan économique.

AMÉLIORER LA SÉCURITÉ- Aussi, les deux personnalités ont une convergence de vue sur les questions sécuritaires. En tant que spécialiste des questions de défense et des relations diplomatiques, le général Umaro Sissoco Embalo sait, autant que son homologue du Mali, que la dispersion des forces terroristes ne s’arrête pas aux frontières sahéliennes. Et qu’aucun pays ne peut se targuer d’être à l’abri. Selon le colonel Assimi Goïta, «l’insécurité qui touche cette zone peut, par prolongement, se retrouver en Guinée-Bissau. Aujourd’hui, c’est l’inquiétude générale».

En ce qui concerne le Mali, il a donné l’assurance que «nous allons continuer à améliorer cette condition sécuritaire avec l’ensemble des partenaires». Cette visite marque un tournant dans les rapports entre les deux États. Le président de la Transition n’a donc pas manqué de saluer le leadership de son homologue bissau-guinéen, qui est Malien de par ses origines maternelles.

Une raison parmi tant d’autres qui l’ont souvent amené à «parler cash», chaque fois qu’il est question de la situation au Mali. Quitte, parfois, à froisser ses pairs de la sous-région. On se souvient qu’en août 2020, alors que certains chefs d’État de la Cedeao brandissaient des menaces contre les membres de l’ex-CNSP, le président bissau-guinéen a relevé qu’il fallait plutôt étendre la condamnation aux chefs d’État qui nourrissaient des projets de troisième mandat. Depuis, l’axe Bamako-Bissau s’est renforcé par la force des choses. L’ancien président de la Transition y a effectué une visite, suivie par celle du président du Conseil national de transition.



Issa DEMBÉLÉ

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Issa Dembelé

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