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Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration revient, dans cet entretien, sur les stratégies qu’il entend mettre en œuvre pour que nos procédures administratives bénéficient des avancées technologiques. Il expose aussi sa vision sur les voies et moyens permettant à notre pays de tirer profit du potentiel de l’économie numérique


L’Essor : Le congrès de l’Union postale universelle (UPU) s’est tenue récemment à Abidjan. Sous votre conduite, la délégation malienne s’est illustrée en obtenant un poste au Conseil d’administration. Quel avantage le Mali va-t-il tirer de ce nouveau poste ?


Me Harouna Mamadou Toureh : Tout d’abord, cette élection de notre pays au sein de la plus haute instance de l’Union postale universelle, institution spécialisée de l’ONU, est une reconnaissance de son engagement pour la cause postale. Ce choix qui s’est opéré sur notre pays offrira, sans nul doute, à l’opérateur postal public, La Poste, l’occasion d’influer sur les prises de décision en tenant compte des contextes particuliers de notre région. Elle pourra accéder à davantage d’opportunités (financement, formation, projets spécifiques, etc.). La Poste bénéficiera également d’une meilleure connaissance du marché postal mondial. Elle va améliorer ses relations avec d’autres administrations postales et partenaires potentiels. Aussi, elle participera au renforcement de l’image et la réputation du Mali au plan international. Sans compter qu’elle profitera des bonnes pratiques adaptables à notre contexte.



L’Essor : La relance des activités de La Poste constitue un challenge de votre département. Quelle est votre vision en la matière ?

Me Harouna Mamadou Toureh : La vision de l’état est de faire de la Poste, à moyen terme, une entreprise performante, moderne, reprenant le lead du marché du courrier, maillon solide des services financiers et postaux de proximité, contribuant à l’emploi des jeunes et à la lutte contre la pauvreté.
Ce challenge de la Poste réhabilitée se fera à travers une démarche innovante à l’effet de permettre à l’opérateur désigné de se dédier spécifiquement à ses objectifs de développement et d’augmentation des recettes de trésorerie. Cette dynamique de performance repose sur les piliers suivants : l’organisation du secteur postal ; la création d’une institution financière ; l’assainissement des finances de l’entreprise ; la modernisation du réseau postal ; le retour des services de proximité sur l’ensemble du territoire (Service postal universel), services financiers et numériques) ; la consolidation des capacités opérationnelles de la Poste ; le développement du marché postal à travers le E-commerce.



L’Essor : L’économie numérique demeure un potentiel insuffisamment exploité dans notre pays. On sait qu’il existe déjà une Politique nationale en la matière. Que comptez-vous faire pour accélérer sa mise en œuvre ?

Me Harouna Mamadou Toureh : Du 16 au 20 août dernier, nous étions en atelier de réflexion à l’hôtel de l’Amitié sur des thèmes portant sur : la modernisation de l’Administration à l’aide des outils TIC : état des lieux et quelle solution ou stratégie ; les coûts d’accès aux outils et services TIC : quelle stratégie pour une baisse significative des tarifs ? ; l’économie numérique : quelle fiscalité pour contribuer à l’élargissement de l’assiette fiscale ?


Cette réflexion avait pour objectif d’obtenir des pistes de solutions qui visent à traduire en actions concrètes la vision du département et la prise en compte dans le document de politique nationale de développement de l’économie numérique, les préoccupations majeures des acteurs du secteur.
Il y a aussi des études qui sont en cours sur l’audit organisationnel et institutionnel de l’ensemble du secteur et du département pour mettre en cohérence les différents textes et établir une répartition efficiente et claire des rôles entre les différents acteurs du secteur.


Il est prévu aussi de faire l’état des lieux de la dématérialisation des procédures et actes de l’Administration publique et du secteur qui vise à évaluer le niveau d’utilisation des TIC à travers des études statistiques sur le secteur (en termes de contenus, d’infrastructures, de compétences, etc.) et la mise en œuvre de la Politique nationale de développement de l’économie numérique devenue caduque. Nous sommes également en train d’organier une activité dénommée «La Semaine du numérique» qui vise à appuyer les startups en stimulant la compétitivité et la créativité par l’organisation d’un concours entre les startups, tout en créant un cadre de rencontre et d’échanges entre tous les acteurs du secteur. Une rencontre majeure qui permettra d’amorcer une dynamique de collaboration et de performance dans le secteur.


Il faut signaler que le document de politique que vous mentionnez est arrivé à expiration en 2020 et des dispositions sont également en cours pour son évaluation et son actualisation à travers les différentes initiatives mentionnées ci-dessus.


à terme, l’économie numérique sera une réalité et le potentiel suffisamment exploité au travers des instruments adéquats à cet effet. Elle est aujourd’hui au cœur de la croissance et de la compétitivité des nations et des entreprises à l’échelle planétaire.


A titre d’illustration, l’économie numérique représente 4,5 % à 15,5 % du PIB mondial qui est estimé à 84.740 milliards de dollars américains/an en 2018 par le Fonds monétaire international. En termes de valeur ajoutée dans le secteur des TIC, les États-Unis et la Chine représentent à eux seuls près de 40 % du total mondial.


La France qui s’est dotée en juillet 2019 d’une « axe GAFA», a enregistré une contribution au trésor public de près de 350 millions d’euros de recettes en 2019, avec une estimation prévisionnelle de 500 millions d’euros du 1er janvier au 31 décembre 2019.



L’Essor : La modernisation de l’Administration est l’une des missions de votre département. à quoi cela consiste ? Et que faut-il faire pour atteindre cet objectif ?

Me Harouna Mamadou Toureh : La modernisation de l’Administration vise à doter le pays d’une Administration efficace, intègre, transparente et redevable. Elle consiste au renforcement des capacités de celle-ci en infrastructures, en équipements et en simplifiant les procédures. Elle entend lui faire jouer les fonctions stratégiques telles que le pilotage des politiques publiques la coordination et l’impulsion du travail. Elle consiste aussi en termes de moyens humains, au renforcement des capacités des ressources humaines par le renforcement des capacités techniques et professionnelles des agents.


La modernisation de l’Administration se définit comme étant les stratégies d’adaptation des moyens de production aux outils et réalité de son époque. La réalisation d’un tel objectif est synonyme d’un mieux d’état pour le pays et de sécurité et d’épanouissement des travailleurs avec comme objectif ultime : « mettre en place une Administration publique au service des usagers pour le bien-êre de la population avec à la clé un état émergent et prospère ».


Cette modernisation ne peut s’opérer de nos jours dans un contexte où les nouvelles technologies ont profondément bouleversé les habitudes, sans faire recours aux outils technologiques.
à terme, il s’agira de dématérialiser l’ensemble des procédures et services de l’Administration dans une démarche cohérente, intégrée et inclusive pour un E-gouvernement comme stipulé dans le « Mali numérique 2020 » avec comme répercussion énorme sur l’économie en boostant le taux de croissance avec les services connexes liés au secteur et aussi améliorer nettement la transparence, l’accès à l’information et la redevabilité.


Tout cela devra se faire dans un cadre cohérent de référence qui passe nécessairement par l’adoption d’une stratégie harmonieuse de développement de l’économie numérique et aussi l’élaboration, l’adoption et la mise en œuvre d’un schéma directeur informatique de l’état.


Propos recueillis par
Bréhima Touré

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Bréhima Touré

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