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La Fédération malienne des associations des tradithérapeutes dénonce la réclame mensongère qui envahit les médias. En plus de la violation des textes et des principes d’éthique, le phénomène est une menace pour la santé des populations

Le recours aux pratiques mystiques, à la voyance, à la divination, à la médecine traditionnelle est un phénomène bien toléré dans notre société au point que charlatans, voyants, guérisseurs, donnent l’impression d’avoir pignon sur rue. En tout cas si l’on s’en tient au tapage médiatique qu’ils font sur les ondes des radios libres, dans les colonnes des journaux.

Parfois des calicots à l’effigie de ces maîtres arnaqueurs claquent au vent dans les coins de rues des «messages incitatifs» comme «Guérir des hépatites, c’est possible», «Arbres naturels pour faiblesse sexuelle et éjaculations précoces», entre autres. Certains circulent à moto ou en voiture pour écouler leurs recettes auxquelles ils prêtent, très souvent à tort, de nombreuses vertus.

Toutes ces publicités sont faites en violation de certaines dispositions mais aussi des règles d’éthique et de déontologie. Par exemple, l’article 27 de la loi n° 2017-017 du 12 juin fixe le régime de la publicité. Cette loi stipule que constitue une publicité surles produits pharmaceutiques, toute forme d’information, y compris le démarchage de prospection ou d’incitation qui vise à promouvoirla délivrance, la vente ou la consommation de médicament. Aussi l’article 28 déclare que la publicité de produits pharmaceutiques ou de pharmacopée doit au préalable obtenir un visa délivré par les ministères en charge de la Santé ou de l’élevage. Le visa est suspendu si la publicité est prouvée mensongère.

Séparer le bon grain de l’ivraie- Les individus qui se prévalent de pouvoir surnaturel ou du don de guérir toutes les pathologies abusent dans la grande majorité des cas (même si tous ne sont pas mauvais) de la détresse morale de leurs clients. Pourtant, la médecine traditionnelle a de nombreuses vertus. Qui d’entre nous n’a pas eu recours, même un jour, aux recettes de grand-mères. Le potentiel de notre pays dans ce domaine est vraiment énorme. Il faut arriver simplement à séparer le bon grain de l’ivraie et à inscrire cette médecine dans la complémentarité avec la médecine conventionnelle. Sur ce plan, notre pays garde une bonne longueur d’avance sur nombre de ses voisins africains avec le département de médecine traditionnelle qui a fabriqué des médicaments traditionnels améliorés (MTA), aujourd’hui en vente dans les officines pharmaceutiques de la place.

Malheureusement, l’image que renvoient les charlatans amène à se poser des interrogations sur l’efficacité de cette médecine. Définissons le charlatanisme. Dans la littérature, c’est la promotion de pratiques médicales frauduleusesou ignorantes. Un charlatan est une personne qui prétend personnellement ou professionnellement posséder des compétences, des connaissances ou des qualifications qu’elle ne possède pas. Les éléments clés du charlatanisme sont le diagnosticdouteux et des traitements non testés. Leur publicité s’est généralisée dans les médias.

Sur une fréquence radio, le Pr Mohamed Djénépo (il se fait appeler ainsi) parle des bienfaits de ses médicaments. Selon lui, il dispose d’une gamme de produits pouvant guérir plusieurs maladies. Il évoque quelques exemples, notamment «palu sirop» qui serait efficace pour guérir plusieurs maladies et «pommati donniblon» qui, ajouté avec un peu de miel, renforcerait les nerfs. Il y a aussi un «anti hypertension» qui permettrait en 10 minutes de stabiliser la tension. Il faut être vraiment très naïf pour le croire. Il parle également de pommades pour le massage, destinées à des personnes obèses ou ayant des douleurs articulaires et qui feraient des miracles. Comme tout bon ‘marketeur’, il invite les malades à plutôt découvrir par eux-mêmes les bienfaits de ses produits et répète à toutes occasions ses coordonnées et celles de ses proches collaborateurs à l’intention d’éventuels clients.

Le phénomène est divers. Au niveau du «rail-da», ce jour d’avril, un haut-parleur posé sur une voiture multicolore crache des décibels sur les passants. On pouvait entendre «balimamousso balimakai, i ma ni foura soro o té yan koyé», prosaïquement « mon frère, ma sœur, on a la panacée». Une voix parle d’un sirop qui aurait la faculté de guérir plus de 100 maladies (malheureusement dans ce registre force reste à la farce).

Par ailleurs, un jeune roulant sur une grosse moto (il y en a d’autres comme lui dans différents quartiers) se promène avec des feuilles d’arbres emballées dans de petits sachets. On peut entendre à travers un haut-parleur accroché à son engin «balimakai, balimamousso Bakary Coulibaly ka foura djalan filai, na yi fourakè Allah barika da, nami fourakè, Bakary ni ka mougan tara». Ce message a le mérité de la franchise puisqu’il dit clairement : «C’est une recette thérapeutique de Bakary Coulibaly. Il faut témoigner de ta gratitude à Allah si elle te soigne mais dans le cas contraire, j’ai déjà empoché les 100 Fcfa».

Guinta est l’une des radios qui prêtent leurs antennes aux tradipraticiens.AmadouBaba Diarra, directeur de cette radio admet volontiers donner un coup de pouce à ces thérapeutes, en termes de publicité sur leurs produits. Ils peuvent débourser, selon lui, entre 100.000 à 150.000 Fcfa pour une trentaine de minutes de communication sur leurs médicaments ou recettes. Idem à la radio Kayira. Un agent de la radio, Mme Fané Kadiatou Traoré, explique que les prix du passage à l’antenne oscillent en fonction des situations.

La Fédération malienne des associations des tradithérapeutes (FEMATH), qui regroupe 125 associations de toutes les régions du pays, lutte depuis sa création en 2002 contre la publicité tapageuse sur la médecine traditionnelle, d’où l’idée de réunir les thérapeutes en association.Pour Oumar Maïga, trésorier de la FEMATH, son organisation ne considère pas ceux qui font de la publicité comme des thérapeutes. Pour lui, il est clair qu’un thérapeute est celui qui est bien connu dans sa communauté pour l’efficacité de ses produits ou médicaments sans aucune publicité.

Mettre le holà- La publicité n’est pas acceptée. Il fait référence à certaines dispositions de la loi du 12 juin 2017 et de la loi n° 2001-79 du 20 août 2001 portant Code pénal : de la sorcellerie, de la magie, du charlatanisme. L’article 281 de ce texte indique que «quiconque se sera livré à des pratiques de sorcellerie, magie ou charlatanisme, susceptibles de troubler l’ordre public ou de porter atteinte aux personnes ou à leur propriété, sera puni de six mois à deux ans d’emprisonnement sans préjudice, le cas échéant, des peines de l’escroquerie».

Le trésorier de la Fédération a une position nettement tranchée sur ces individus. «Nous ne pouvons pas faire confiance à la qualité de leurs produits qui ne sont pas analysés», dit-il, avant d’ajouter que la mise sur le marché d’un produit répond à des procédures et à des étapes. La faitière a même entrepris de nombreuses démarches auprès des autorités compétentes pour mettre le holà à la pratique qui nuit plutôt à la médecine traditionnelle. à cet effet, un atelier national avait été organisé au cours duquel, les tradithérapeutes ont signé un document attestant de leur volonté de s’abstenir de faire de la publicité et de se conformer aux textes.

Malheureusement, ça n’a pas servi à grand-chose puisqu’il n’y a pas eu de sanction à l’encontre des contrevenants. Il explique que le tradithérapeute a une carte à renouveler tous les 3 ans. Cette carte est délivrée par le département de la médecine traditionnelle, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il revient sur une stratégie mise en œuvre à un moment par un responsable du département de médecine traditionnelle qui avait administré la preuve de son efficacité. Cela consistait à recenser chaque jour les personnes qui passaient sur les antennes des radios pour faire de la publicité sur les médicaments et à griller leurs cartes. Ainsi, on leur enlève toute possibilité de renouvellement de ce précieux carton. Il regrette que cette méthode ne soit plus appliquée et fulmine contre l’absence de décrets d’application des textes.

Le Pr Seydou Doumbia, directeur du Centre universitaire de recherche clinique (UCRC) a certifié que les médicaments traditionnels doivent également suivre un processus scientifique, c’est-à-dire passer aussi par des essais cliniques. Mais peu de tradipraticiens comprennent la nécessité de cette procédure.

Pourtant, pour que ces médicaments soient homologués par le ministère en charge de la Santé, il faut l’aval d’un comité scientifique. Selon lui, les essais ont pour objectif de déterminer la tolérance et l’efficacité des médicaments, donc une visée thérapeutique. Et de préciser que le produit peut non seulement être un médicament ou autre chose. Pour des essais cliniques, il faut passer par plusieurs étapes avant d’arriver à l’homme. Ces phases préalables appelées précliniques se font chez les animaux, notamment les souris ou les chimpanzés.

Fatoumata NAPHO

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Fatoumata Napho

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