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Le directeur du Musée national, Dr Daouda Kéïta reçoit les objets du contributeur

Le Musée national a reçu trois objets d’art vendredi dernier au cours d’une cérémonie certes sympathique mais aussi studieuse. Le Français Michel Fleury, collectionneur et ancien propriétaire de la galerie d’art Bajidala de Ségou a procédé à la remise officielle d’un masque Sigui koun, d’une statuette en terre zoomorphe et de la série de trois objets appelés Kara, issue de la société initiatique du Komo des Bambaras. S’il a acheté les deux premiers sur le marché malien, il a fait fabriquer le troisième par des forgerons afin de les offrir au Musée national.

Le masque Sigui Koun représente l’animal sauvage le buffle. Il symbolise le vivre ensemble, la cohésion sociale et surtout la puissance de la royauté. Cet animal, véritable force de la nature est redouté par tous les chasseurs. En plus de cette force physique, on lui prête des pouvoirs surnaturels. Il est même reconnu comme un véritable sorcier. Sa chasse nécessite une préparation minutieuse. Il possède un rôle d’avant-garde et une place particulière dans le Sogo bô ou la sortie des masques et marionnettes. Cette fête est populaire chez la plupart des populations ou ethnies riveraines du fleuve Niger, explique l’anthropologue Salia Malé.

Quant à la statuette en terre cuite, représentant un animal, elle est certainement issue de fouilles clandestines. Il représente un animal prostré sur ses deux pattes arrière, celles de devant sont tendues au ciel et sa tête est retournée. Ce type de statuette est très rare, constate l’archéologue et directeur du Musée national, Dr Daouda Kéïta. Le Kara est une série de trois objets en bois monumentaux qui mesurent environ trois mètres de hauteur chacun.

C’est le maître de la cérémonie rituelle du Komo qui les détient. Ces objets comportent au total 266 signes de la cosmogonie des Bambaras. Le Kara est partagé avec les Maninka et les Dogons. Après le rituel de l’introduction, le maître délègue ses pouvoirs à trois élus pour la saison. Des hommes de confiance qui seront des porte-drapeaux de l’honneur et de la dignité de la communauté. Le Kara renvoie également à la retenue, à la sagesse.

La cérémonie a donné lieu à un débat sur la problématique de ladocumentation de ces deux objets. Comme tous les autres objets trouvés sur le marché de l’art en général, ils ne sont pas dans leur contexte. C’est pour cela qu’il est extrêmement difficile de trouver les informations sur l’origine, l’âge et l’usage, c’est-à-dire des informations scientifiques.

Le directeur du Musée national Dr Daouda Kéïta a expliqué qu’il faudra engager des recherches afin de les documenter. Auparavant, il avait salué le geste combien significatif de Michel Fleury. Ces trois objets rappellent encore une fois la profondeur et la richesse de la culture malienne. Il explique que si la statuette est un produit de l’archéologie, les deux autres, Sigui koun et Kara, représentent chacun la culture vivante du Mali.

Le directeur du Musée national a rappelé que sa structure a un rôle de collecte, de protection et de diffusion de la culture malienne. Il souhaite que tous ceux qui possèdent des objets pouvant représenter un pan de la culture malienne puissent les faire garder par sa structure. Car, précisera-t-il, «nous avons le devoir de faire en sorte que les populations actuelles et les générations puissent connaître notre culture».

Quant au Français qui préfère être désigné «contributeur», et non «donateur» en de pareilles occasions, il se dit Malien de cœur pour avoir vécu pendant quinze années (2000-2015) à Ségou. Il a assisté à de nombreuses manifestations traditionnelles dans la 4è région administrative du Mali. Il estime que c’est un devoir pour lui de contribuer à la promotion de la culture malienne qui lui a beaucoup donné dans un premier temps.

Pour le contributeur, ce serait certainement la première fois qu’un masque de la fête du Sogo bô (sortie des masques) de ce genre entre dans les collections du Musée national. La prochaine étape de sa contribution à la valorisation de la culture malienne est une exposition qu’il prépare sur les signes du Mali. Intitulé «Mali, l’empire des signes», cette exposition mettra un accent sur les signes de l’art vivant, mais aussi du silence. Car, dit-il c’est au Mali qu’il a compris que «le silence est d’or».

Youssouf DOUMBIA

autho

Youssouf Doumbia

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