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Le Centre d’analyse et de recherche de l’espace sahélo-saharien (Caress) de l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye (EMP-ABB) a organisé, jeudi dernier, une conférence-débat sur le thème : «Reconstruction de l’armée malienne et lutte contre le terrorisme». Les principaux animateurs de cette conférence, qui s’est déroulée dans les locaux de l’EMP-ABB, étaient le colonel-major Abdoulaye Sidibé du ministère de la Défense et des Anciens combattants et Dr Saïd Abass Ahmed, spécialiste sur les questions de médiation et de stabilisation en environnement complexe.

L’objectif de cette rencontre était de faire évoluer les décisions, de prendre part au débat sur les questions de refonte des Forces armées maliennes et de la gouvernance. Il s’agissait également de donner des pistes de réflexion aux décideurs et aux politiques à travers les institutions.

Les deux panelistes ont fait le diagnostic de l’armée malienne qui se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. En dépit d’importants efforts en termes de recrutements, de formation et d’équipements, la montée en puissance de l’Armée malienne piétine, a analysé le colonel-major Abdoulaye Sidibé. D’après lui, l’armée pour qu’elle soit pleinement opérationnelle doit renforcer ces quatre piliers notamment les effectifs, les équipements, la formation, l’entraînement et l’aguerrissement, et l’organisation.

Le problème de l’armée se résume essentiellement à l’organisation qui constitue l’un des piliers capacitaires de l’outil de défense. Pour illustrer ses propos, il avancera que «si vous prenez une zone de défense quelconque, vous pouvez trouver 2.000 à 3.000 hommes qui y sont affectés. Mais lorsque vous leur demandez de vous sortir une compagnie d’infanterie de 120 hommes, cela peut prendre un ou deux mois.» C’est la preuve, selon lui, qu’il y a un problème d’organisation.

Pour pallier cette situation, le colonel-major Abdoulaye Sidibé a proposé d’instituer un séminaire des Forces armées et de sécurité, comme l’a fait l’ancien président Modibo Keïta, en 1963. L’ensemble de la hiérarchie doit se parler et fréquemment.

Le but étant de tomber d’accord sur le diagnostic du mal, afin que tous conviennent du remède à appliquer. «Il faut renforcer la chaîne organique pour que nous puissions aller de l’avant et bénéficier des investissements colossaux qui sont en train d’être faits par l’État ainsi que de l’appui des différents partenaires», a-t-il préconisé.

L’officier supérieur a, par ailleurs, souligné la nécessité d’avoir de l’audace. De l’audace, pour prendre en main l’appropriation nationale qui nous permettra de considérer les partenaires comme des appuis et d’orienter leurs actions dans le sens de nos intérêts, au lieu que ce soit ces derniers qui nous imposent leur manière de faire.

Selon le conférencier, il faut également de l’audace pour sortir du «tout opérationnel» et donner l’importance qui sied aux structures organiques. Les opérations nous consument littéralement. «Nous sommes toujours dans l’urgence. Nous devrions profiter de l’appui des partenaires pour réduire le tempo opérationnel et donner plus de place à la prospective, à la constitution de Régiments organiques, gage de cohésion», a-t-il soutenu.

De même, enchainera-t-il, l’audace est nécessaire pour éviter la dispersion qui amoindrit notre efficacité opérationnelle dans les différentes zones d’intervention. Il faut de l’audace pour ne pas danser au rythme des terroristes. «Sortons de la gestion d’urgence, cessons de faire les pompiers, de venir toujours après le désastre, prenons et gardons l’initiative sur le théâtre des opérations, c’est tellement important que les Américains l’on érigé en «Principe de la guerre», a exhorté le conférencier.

Pour remédier le déficit organisationnel, il faut une masse critique d’officiers placés à des niveaux élevés de commandement qui réfléchissent ensemble, arrivent au même diagnostic et tirent la corde dans la même direction. Aucune autorité prise isolément ne pourra venir à bout du problème, d’où le besoin de se parler, d’organiser de manière régulière, un séminaire des Forces armées, a-t-il recommandé.

Quant à Dr Saïd Abass Ahmed, il a mis l’accent sur l’inadaptation de l’outil de défense de nombreux pays africains aux menaces actuelles notamment le terrorisme, les grandes pandémies, le changement climatique et la cyber attaque.

«Il me semble que la question du renseignement doit être au cœur de l’ensemble des priorités dans les centres de formation et à tous les niveaux», a insisté le spécialiste sur les questions de médiation et de stabilisation en environnement complexe. Dr Saïd Abass Ahmed a aussi mis en lumière l’importance du paiement des soldes des militaires par le système bancaire ce qui constitue, selon lui, une source de motivation et d’engagement.


Bembablin DOUMBIA

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Bembablin Doumbia

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