single

Beaucoup de jeunes désœuvrés se sont engagés dans cette activité qui peut leur rapporter un peu. Cependant, elle n’est pas sans danger pour leur santé

Au cours de la journée, les récupérateurs des matériaux sillonnent les quartiers de Bamako à la recherche d’objets usés. Leurs sites de prédilection sont les dépôts d’ordures, les garages, les chantiers ou bâtiments abandonnés. Le fer rouillé, l’aluminium, l’étain, les cannettes de boisson, les boîtes de conserve, les câbles de cuivre sont, entre autres, objets recherchés par les récupérateurs. Ils se retrouvent ensuite dans des lieux particuliers où ils pourront trier, découper, classer ces trouvailles avant de les revendre. Cette activité est devenue le quotidien de beaucoup d’enfants et jeunes adolescents.

Ce mardi 24 novembre sur la rive gauche du District de Bamako, il est 7 heures passées. Le soleil se lève doucement et il fait toujours froid. Bruits de klaxon, de moteur… la circulation matinale est dense. Normal, puisque c’est un jour de travail. Après avoir dépassé les policiers postés au dernier rond-point avant de monter sur le pont de Martyrs à Badalabougou, on aperçoit un jeune homme qui vend de l’essence au détail au bord de la route. Il s’appelle Seydou Yalcouyé. Il est apparemment le seul revendeur d’essence dans les parages. À côté de lui est déposé un sachet bleu rempli de cannettes de boisson usées. Nous lui demandons ce qu’il va faire avec toutes ces cannettes vides, il répond qu’elles sont livrées aux récupérateurs de matériaux. En effet, ces jeunes se retrouvent ici entre 7 heures et 14 heures avant de se rendre à l’autre côté de la rive.

Nous sommes restés quelques minutes avec Seydou Yalcouyé. Soudain, un groupe de jeunes se dirige vers nous. Chacun d’eux porte un sac en caoutchouc de 25 à 50 kilos et une barre de fer torsadée en main. Ce support artisanal leur sert à récupérer les matériaux qui les intéressent. Habillé d’un tee-shirt rouge usager, bonnet à la tête, Youssouf Djimdé est l’un des jeunes que Seydou Yalcouyé attendait pour lui remettre les cannettes de boisson. D’après lui, le travail est indispensable pour tout homme. Qu’il soit grand ou petit. «Nous nous regroupons pour aller à la recherche des matériaux récupérables. Après tout, l’union fait la force. Seul on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin», confie le jeune homme. Toutefois, arrivé sur le site de fouille, fait-il savoir, c’est chacun pour soi.

GAIN LIÉ À LA QUALITÉ- «Ce que ce métier nous rapporte dépend de la qualité et de la quantité des objets collectés», explique Youssouf Djimdé. Avant d’indiquer, tout sourire, qu’une fois arrivé chez l’acheteur à la fin d’une journée de ramassage, il peut gagner 1.000 ou 1.500 Fcfa par jour. Pour le jeune ambulant, il leur faut faire ce travail qui leur permet de se prendre en charge. Cependant, notre jeune interlocuteur souligne qu’ils rencontrent souvent des difficultés. «Il y a des gens qui nous traitent de voleurs et de voyous quand ils nous aperçoivent avec des matériaux récupérés», déplore-t-il.
Le lundi 30 novembre, nous nous sommes rendus sur quelques sites pour constater de visu l’activité des ramasseurs d’objets récupérables. À Lafiabougou, près du cimetière, trône un dépôt de transit d’ordures. À quelques mètres, on voit de loin des montagnes de déchets enveloppés de poussière. On est tout de suite frappé par l’odeur nauséabonde qui s’y dégage. Il est 7 heures, ici l’activité bat son plein. à l’entrée de la cour clôturée, quelques dames sont assises à la porte.

Elles regardent de gauche à droite si elles peuvent trouver des objets qui pourraient leur rapporter de l’argent. Toute chose qui prouve que les femmes ne sont pas en marge de cette activité. À la question de savoir comment elles mènent cette activité, l’une d’elles, manifestement fatiguée, répond : «N’importe qui peut exercer ce métier. Il suffit juste d’observer le mouvement. Les matériaux que nous retrouvons sont pesés sous le regard attentif de tout le monde. Après avoir connu le poids, nous nous renseignons collectivement sur les qualités et prix d’achat». En plus des câbles de cuivre, l’étain et l’aluminium, ces bonnes dames recherchent aussi les cannettes de boisson et les bidons en plastique pour les revendre.
À l’intérieur de cette cour, c’est le chassé-croisé des récupérateurs de matériaux, et autres ramasseurs d’ordures. Chacun est occupé par son activité qui lui permet de gagner sa pitance quotidienne.


ACTIVITÉ DANGEREUSE-Nous avons rencontré le gardien des lieux. Il ne portait pas de gants à la main, ni des bottes aux pieds ni même de cache-nez pour se protéger contre les odeurs nauséabondes. La trentaine bien sonnée, il est juste habillé d’un gilet jaune. En dehors de son travail, il est occupé à trier les ordures avec une femme. Ils dissocient et récupèrent ensemble les objets revendables des autres déchets. Quant à la jeune fille qui les accompagne, elle donne un coup de main en récupérant des objets légers. Une dame, avec un sac en caoutchouc vide de couleur rose et un socle en main, reconnaît que cette activité est trop dangereuse. Elle affirme avoir été témoin de cas de blessures très graves.
En outre, le gardien de la cour souligne que cela lui fait des années qu’il pratique ce double métier. «C’est aux environs de 3 heures du matin que nous débutons cette activité jusqu’à 7 heures avant que les acheteurs n’arrivent. Les jours les plus intéressants pour nous sont les lundi et vendredi, étant entendu que ce sont les lendemains de mariages», précise notre interlocuteur. Avant de prévenir que «la cour est ouverte à tout le monde, mais les disputes qui dégénèrent en des pugilats sont formellement interdites».

Sur place, nous avons approché le charretier Bakary Coulibaly. Si le gardien de la cour trouve cette activité moins lucrative, le charretier soutient le contraire. Deux sacs accrochés à sa charrette, surchargée de déchets, suscitent notre curiosité. Il nous confie que ces sacs lui servent à récupérer les objets qui lui paraissent intéressants. Avec cette activité de collecte dans les poubelles, Bakary estime mieux gagner sa vie. Sans révéler ce qu’il empoche par jour, il certifie que cette activité lui permet de payer son loyer, ses factures d’eau et électricité, et de prendre en charge sa famille.
Au fond de la cour, on repère un acheteur qui discutait avec l’un des récupérateurs de matériaux à propos de divers outils étalés sur une natte. Coiffé de dreadlocks (Rasta), Ablaye Guindo portait un cache-nez. Il travaille au dépôt d’ordures à son propre compte depuis des années. Il achète différents objets métalliques apportés par les charretiers et d’autres particuliers avant de les revendre. «Le kilogramme de boîtes à conserve est de 50 Fcfa, donc 10 kg à 500 Fcfa. J’achète 1 kg de fer à 70 Fcfa. Il y a deux sortes de cannettes, celles qui sont en fer et en aluminium. Un kilogramme de cannettes en aluminium est cédé à 200 Fcfa», détaille-t-il , avant de préciser que généralement, ce sont les fabricants de marmites qui achètent ces cannettes à boisson en aluminium.

PESER LES OBJETS-Au Quartier du fleuve, notre équipe de reportage a croisé un conducteur de pousse-pousse devant le commerce d’une vendeuse de riz où il discutait le prix d’un ancien fourneau. Il se nomme Hamidou Diarra, son engin à deux roues n’était pas encore plein. Il se balade avec une balance, qui lui sert à peser les objets qu’il veut acheter. D’après ses explications, de 8 heures à 17 heures, il se promène entre les garages et les domiciles pour acheter les objets revendables. «Une fois que mon pousse-pousse est rempli, je me dirige vers le marché de Médine pour aller revendre les objets achetés», dit-il . Hamidou Diarra souligne que par jour, il dépense environ 1.500 Fcfa de sa poche pour en gagner 3.000 Fcfa voire plus après la revente des objets achetés dans les quartiers qu’il sillonne au quotidien. Il soutient également que la variation du prix ne dépend pas seulement de la quantité mais de la qualité des matériaux achetés.

Vers 17 heures, notre équipe se dirige vers le marché de Médine communément appelé «Sougouni coura» où les objets sont revendus à des grossistes. Installé devant son magasin avec une importante quantité de stock de matériaux, le chef des lieux, qui a requis l’anonymat, est demi-grossiste. Les collecteurs ambulants, les trieurs et ceux qui pèsent les matériaux sont en pleine activité. «Je travaille avec une entreprise industrielle indienne qui m’octroie souvent plus de deux millions de Fcfa. Avec cette somme, je me procure plus de matériaux en les stockant et après je les revends. J’emploie sept jeunes que je paye chacun 2.000 Fcfa par jour . Nous travaillons peu les vendredi et dimanche ainsi que pendant la saison des pluies. C’est la période où la plupart de mes clients se rendent aux villages pour cultiver», explique l’acheteur. Et de préciser : «J’achète 1 kg de fer à 75 Fcfa et le revend à 100 Fcfa. Pareillement, 1 kg de câble en cuivre à 2.500 Fcfa, le bidon de 20 litres à 100 Fcfa, une batterie d’accumulateurs à 425 Fcfa et revendue à 450 souvent 500 Fcfa».
Un demi-grossiste, installé au niveau dudit marché, n’a pas voulu s’exprimer sans l’accord de ses responsables. Le président des ferrailleurs du Mali, Abdramane Ballo, n’a pas non plus souhaité nous communiquer son chiffre d’affaires.
Si la collecte et la revente des anciens matériaux nourrit plus ou moins son homme, il faut admettre que cette activité n’est pas sans conséquence sur la santé. Selon un spécialiste en santé publique, la fréquentation des zones insalubres et souillées par ces récupérateurs ambulants les expose à beaucoup de pathologies comme les maladies de peau et les maladies respiratoires.

Souleymane SIDIBÉ

autho

Souleymane Sidibé

ARTICLES CONNEXES

VOIR TOUT

LES PLUS RECENTS

VOIR TOUT

LES PLUS LUS

VOIR TOUT

TWITTER