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Un agent de la mairie remet le ticket à une commerçante de légumes

Des incompréhensions émaillées d’échauffourées opposent souvent usagers et collecteurs de ces taxes. Les premiers veulent que la mairie prenne à bras le corps la problématique de l’assainissement des marchés. Les seconds, eux, accusent certains contributeurs d’être de mauvaise foi

La loi n°044 fixe les ressources fiscales des communes, cercles et des régions. Ce texte oblige les commerçants détaillants à payer 50 Fcfa par jour et par personne à la commune urbaine. S’acquitter de ce devoir est alors un acte citoyen. Mais, dans les marchés relevant de la Commune urbaine de Sikasso, l’application de ce texte crée souvent des situations inconfortables entre collecteurs de droits de place sur les marchés et foires, et des commerçants détaillants, constitués majoritairement de femmes.

Mardi, 1er juin dernier à la mairie de Sikasso des engins sont garés devant l’hôtel de ville à proximité de la voie traversant le grand marché. Il est 9 heures passées. Enveloppé en partie de nuages, le soleil laisse paraître une lueur semblable au crépuscule. Le temps menace. Les gens se précipitent pour trouver des abris. L’on klaxonne à tout-va. Automobilistes et motocyclistes semblent pressés d’arriver à destination. Ces casse-cous imprudents roulent à toute vitesse. Les piétons, eux, peinent à se frayer un chemin.

Passé ce moment d’effroi, Inza Koné, collecteur de taxe aux marchés et foires, commence son travail : collecter les droits de place. Habillé d’un pantalon Jeans bleu assorti d’un gilet de couleur verte, le jeune homme de teint noir traverse méticuleusement la route. Il va à la rencontre des commerçants détaillants du Grand marché de Sikasso. Tickets en main, il se dirige vers la place de la vendeuse de menthe. Mme Bassan est son nom. Celle-ci lui tend 50 Fcfa, sans dire un seul mot.

Comme elle, la vendeuse de mangues, Adja s’entend bien également avec les collecteurs. «C’est devenu une routine pour moi. Dès que je constate la présence du collecteur dans les parages, j’apprête les 50 Fcfa», raconte celle qui dit préférer payer cet argent plutôt que d’être à couteaux tirés avec eux. Elle saisit l’occasion pour inciter la mairie à renforcer l’assainissement des marchés et foires.

5.000 OU 10.000 FCFA- Pourtant, des incompréhensions opposent souvent les collecteurs et certaines commerçantes détaillantes. Les collecteurs se plaignent du refus des détaillantes de payer le droit de place. Leur mauvaise foi se manifeste quand elles tendent des billets de 5.000 ou 10.000 Fcfa au collecteur en vue de s’acquitter de leur ticket de 50 Fcfa. «Ne disposant pas de monnaie ou considérant ce geste comme un refus voilé, les collecteurs emportent les articles de la contrevenante à la mairie», ajoutent d’autres témoins.

Plusieurs raisons et incompréhensions expliquent ces agissements des contribuables, selon des observateurs. Oumou Diallo est de celles qui critiquent la manière de faire de la mairie. Elle déplore l’absence de dépôt d’ordures au marché et de système de ramassage viable. «Je paie mon droit de place sur le marché, mais je suis obligée de nettoyer ma place tous les jours, garder les ordures à côté et les ramener à la maison le soir», se plaint-elle, ajoutant que c’est démotivant. Assis à côté, le vendeur d’oignon Seydou «Djan» monologue. Sûrement pour attirer l’attention. Interrogé, il affirme : «La mairie ne fait que collecter les droits de place, mais elle ne s’occupe pas de la salubrité du marché».

Quand bien même Djénéba Koné, vendeuse de tubercules, s’acquitte correctement de son droit de la place, qu’elle considère comme un devoir citoyen, elle critique le manque d’assainissement de la part de la mairie. Pour corroborer ses propos, elle montre du doigt des ouvriers en train de soulever des dalles pour curer les ordures des fossés afin d’empêcher l’eau d’inonder les boutiques. Ce travail qui est en train d’être fait par les commerçants, devrait plutôt être exécuté par la mairie, dénonce la commerçante. «J’invite la mairie de la Commune urbaine à tout mettre en œuvre pour assainir les marchés et la ville de Sikasso», sollicite-t-elle.

Du côté de la mairie, l’on estime que le paiement des droits de place sur les marchés et foires fait partie des taxes que doivent payer les citoyens. Le chef des services financiers Sinaly Koné et le régisseur des recettes de la Commune urbaine de Sikasso Badji Diarra assurent que «sans taxes, pas de progrès». Le développement de la commune passe nécessairement par le paiement des taxes, soutiennent-ils.

REHAUSSER LES RECETTES- En la matière, la Commune urbaine de Sikasso recouvre les droits de place du marché central et des marchés de Médine, Wayerma, Mancourani et de Sanoubougou. Les fonds collectés sont déposés dans le compte de la mairie au Trésor. «Cet argent permet de rehausser les recettes de la municipalité», expliquent les agents municipaux.

Ils assurent que ces ressources sont utilisées pour payer les salaires des travailleurs de la municipalité, faire fonctionner la collectivité territoriale, acheter du carburant pour les véhicules de ramassage d’ordures, assurer l’entretien courant des écoles, etc. Pour Sinaly Koné, les tickets sont sécurisés, car ils proviennent du Trésor. «En cas de besoin, le ministère adresse un bon de sortie au Trésor qui nous livrent les tickets», explique-t-il.

Il est alors, selon eux, évident que les marchés contribuent à rehausser le niveau des recettes. Sinaly Koné et Badji Diarra fustigent, par ailleurs, la mauvaise volonté de certains commerçants détaillants. Ils les accusent de refuser de payer ces droits de place. «Cette frange de la population fait tout pour décourager les collecteurs de taxes. Certains leur donnent de gros billets et les obligent à leur donner la monnaie sur place. S’il arrive à manquer de pièce, les disputes éclatent. Souvent, les insultes fusent et les bagarres éclatent. D’autres ignorent les collecteurs ou les fuient simplement, explique Sinaly Koné. Certains usagers pensent que les 50 Fcfa peuvent couvrir les frais pour deux places ou plus.

Ces incompréhensions dénotent un déficit de communication entre usagers et collectivité que cette dernière serait bien avisée à corriger. Ainsi, une bonne campagne de sensibilisation pourrait aider à surmonter ces difficultés afin d’instaurer un climat de confiance mutuelle entre la mairie et ses contribuables. Contributeurs qui veulent juste savoir la traçabilité des ressources de la mairie et s’assurer de son impact réel et probant sur leur quotidien.

Mariam F. DIABATÉ

Amap-Sikasso

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Mariam F. Diabaté

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